Aujourd’hui, nous partons à la rencontre d’un tout jeune retraité. Après une carrière riche, partagée entre l’Hexagone et le continent africain, Farès Hachi a choisi de raccrocher les crampons. Une décision mûrement réfléchie pour celui qui a symbolisé le renouveau du GF38 au lendemain du dépôt de bilan du club. Pétillant, lucide et toujours aussi disponible, l’ancien latéral gauche revient avec émotion sur les temps forts de son parcours tout en se projetant vers sa nouvelle vie. Entre souvenirs, anecdotes et projets futurs, il se livre sans détour dans un entretien à l’image du joueur et de l’homme qui ont marqué le public grenoblois : authentique, passionnant et profondément attachant.
Farès, tu as annoncé la fin de ta carrière après la victoire face à Craponne, samedi dernier. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
J’avais déjà mis un terme à ma carrière professionnelle avant de rejoindre le FC2A. C’était un choix d’ordre privé, qui m’a permis de découvrir le monde amateur et d’évoluer dans un contexte différent. J’avais aussi envie de me consacrer pleinement à ma reconversion en tant qu’entraîneur, un projet important pour moi. Et puis, je souhaitais également passer davantage de temps avec ma famille. Je pense que c’était le bon moment pour tourner la page.
Si l’on rembobine le fil de ta carrière, tu décides de revenir au GF38 après des expériences à Cassis et à Niort. Pour quelles raisons as-tu rejoint ce projet grenoblois en 2012 ?
C’était un choix à la fois stratégique et de cœur. Après mon passage à Niort, j’avais reçu de nombreuses sollicitations, mais le projet grenoblois, dans l’un de mes clubs formateurs, m’a séduit. Forcément, l’aspect émotionnel est entré en jeu, mais il n’explique pas à lui seul ma signature. J’ai aussi rejoint le GF38 parce que je savais que j’allais contribuer à construire quelque chose. En plus, Olivier Saragaglia était un entraîneur que je connaissais bien, et les joueurs venaient, comme moi, du cru.

En parlant de joueurs du cru, la volonté de voir ces éléments formés au club taper à la porte de l’équipe professionnelle revient régulièrement. Désormais entraîneur au sein de la formation grenobloise, tu es au cœur de cet enjeu. Comment expliques-tu que cela ait parfois du mal à se concrétiser ?
Aujourd’hui, on a une structure professionnelle, mais on n’a plus de centre de formation à proprement parler. Et forcément, dans ces conditions, c’est plus compliqué de faire émerger des joueurs du cru qui ont grandi sans ce cadre-là. Il y a malgré tout un vrai travail qui est fait par l’association pour aller dans ce sens, et je pense que ça va finir par payer. Le club a aussi cette volonté de remettre en place un centre de formation, justement pour pouvoir former des joueurs de l’agglomération, qui s’identifient au club et qui vont signer un contrat professionnel à Grenoble. Je suis convaincu qu’on y arrivera.
Dans ton aventure grenobloise, qu’on a commencé à évoquer précédemment, il y a notamment cette qualification contre l’Olympique de Marseille en Coupe de France. Quels souvenirs gardes-tu de cette soirée, restée ancrée dans le cœur de tous les supporters grenoblois ?
C’est un souvenir rempli d’émotions. Quand on est issu de la ville, formé au sein du club et qu’on parvient à se qualifier contre l’OM, c’est forcément un moment particulier. D’autant qu’on jouait dans un stade plein à craquer pour la première fois depuis un long moment, devant nos familles, nos proches. Encore aujourd’hui, chaque supporter que je croise me raconte comment il a vécu ce match. Franchement, je peux écrire un livre sur tous les retours que j’ai eus (rires). Entre ceux qui étaient présents, ceux qui regrettent de ne pas avoir été présents, ceux qui sont partis à 3-2 et qui sont finalement revenus quand on égalise… Ce que je retiens, c’est surtout les émotions qu’on a pu transmettre au club, aux supporters et plus généralement à tous les amoureux du football. On a senti à ce moment-là que les personnes s’identifiaient au GF38 et à son histoire.
Est-ce qu’entre vous, staff et joueurs, vous avez encore aujourd’hui le sentiment d’être liés par quelque chose de particulier depuis cette victoire ?
Tout à fait. C’est un peu comme les champions du monde, mais à notre échelle bien sûr. Après ce match, et plus largement avec toute l’année passée ensemble, je savais qu’on resterait forcément en contact. Je parle encore avec beaucoup de joueurs aujourd’hui, et quand on se remémore ce qu’on a vécu, notamment ce match contre Marseille, ça fait toujours quelque chose. Au-delà de l’aspect sportif, il y avait surtout une vraie connexion humaine entre nous.
Cette saison 2014-2015 marque également la fin de ton aventure à Grenoble. Quel bilan tires-tu de ces trois années passées à défendre le maillot grenoblois ?
Ce sont des années durant lesquelles je me suis senti investi, à l’aise et important pour le collectif. Et quand tu as ce sentiment-là, c’est que tu as rempli ta mission. Mais ce que j’ai préféré à Grenoble, c’est vraiment l’aspect relationnel et humain, qui m’a donné envie de me surpasser. Et c’est pour cela que ces trois années ont été merveilleuses. Entre les dirigeants, les bénévoles, les joueurs et un coach qui nous a fait grandir humainement, tous les ingrédients étaient réunis pour que l’aventure soit belle. Et puis on avait également un super staff, dont la plupart sont encore là aujourd’hui : Mickaël Diaferia, Arnaud Genty, Grégory Kurkeden…
Après ton passage à Grenoble, tu fais le choix de rejoindre l’Afrique en évoluant en Algérie et en Afrique du Sud. Qu’est-ce qui t’a poussé à tenter cette aventure loin de la France ?
À ce moment-là, j’ai la possibilité d’intégrer le cursus professionnel en France. C’est un projet qui me plaît, mais au fond, l’envie de découvrir autre chose est plus forte. J’avais besoin de sortir de ma zone de confort, de découvrir une autre culture et une autre façon de vivre le football. L’Algérie représente aussi quelque chose de particulier pour moi puisque j’y suis né. C’est le pays de mes racines. Mon père et mes oncles y ont joué, ils m’en ont souvent parlé, et au fil du temps, ça a fait naître chez moi l’envie de vivre cette expérience à mon tour. Quand l’opportunité de signer à l’ES Sétif s’est présentée, je n’ai pas hésité longtemps. C’est un club structuré qui a notamment remporté la Ligue des champions africaine. Là-bas, tout est différent : l’ambiance autour des matchs, la culture, le rapport des gens au football. C’est exactement le défi que je recherchais en choisissant de partir à l’étranger.

Justement, quelles différences as-tu constatées avec le football que tu avais connu en France ?
Sur le plan sportif, le football français est sans doute plus structuré dans son organisation et son fonctionnement. En revanche, j’ai été agréablement surpris par le niveau que j’ai découvert en Algérie. Il y a énormément de qualité, beaucoup de talent et une vraie adversité. Honnêtement, je ne m’attendais pas à un tel niveau de compétitivité. La plus grande différence reste toutefois la culture autour du football. En Afrique, le football occupe une place immense dans la vie quotidienne. C’est un peu comme à Marseille : les gens vivent football du matin au soir. Ils en parlent tout le temps, ils suivent tout, ils vibrent pour leur club. J’ai vraiment eu l’impression de consommer du football au quotidien, que ce soit avec les supporters, dans la ville ou au sein même du club. C’est une expérience qui m’a énormément fait grandir, à la fois comme homme et comme joueur. J’ai dû apprendre à gérer cette passion et cette ferveur permanente. Quand les résultats sont bons, c’est quelque chose d’incroyable à vivre. Mais quand la situation se complique, il faut aussi savoir faire face à cette pression et apprendre à la gérer.
Durant cette expérience africaine, tu disputes une quinzaine de matchs de Ligue des champions de la CAF. Quels souvenirs gardes-tu de cette compétition ?
C’est un souvenir incroyable. C’est aussi pour vivre ce genre d’expérience que j’avais choisi de partir, et je ne regrette absolument pas cette décision. Pour moi, c’était un véritable saut dans l’inconnu, avec une exigence totalement différente de celle du championnat. Je me souviens notamment de mon premier match dans une ambiance exceptionnelle, devant plus de 70 000 spectateurs. Quand tu arrives de Grenoble et que tu te retrouves du jour au lendemain dans ce type d’environnement, tu prends immédiatement conscience de l’intensité, du rythme et du niveau d’exigence que demande cette compétition. Et puis, la Ligue des champions africaine m’a aussi permis de découvrir le continent. J’ai voyagé dans plusieurs pays, découvert des cultures très différentes et été confronté à des réalités que l’on connaît parfois peu en France. Ces rencontres, ces échanges et tout ce que j’ai pu observer m’ont apporté énormément sur le plan humain. Elles ont aussi changé mon regard sur beaucoup de choses. Ce sont des moments d’une intensité rare, qui marquent durablement une carrière et une vie.
Après une année sabbatique, tu rejoins le projet du FC2A en 2023. Qu’est-ce qui t’a séduit dans cette aventure au niveau régional ?
À mon retour d’Afrique, j’avais décidé de raccrocher les crampons. Puis le FC2A est venu me proposer de continuer encore un peu l’aventure. J’ai accepté à condition de retrouver un groupe vivant, avec un vrai projet sportif et de l’ambition. Mon objectif était avant tout de prendre du plaisir et d’être dans le partage. Et c’est exactement ce que j’ai vécu pendant ces trois saisons. Même si nous n’avons pas réussi à atteindre la R1, j’y ai trouvé quelque chose que je n’avais jamais vraiment connu dans le monde professionnel : un véritable esprit de groupe. Les joueurs passés par le monde professionnel étaient au même niveau que ceux qui avaient toujours évolué en amateur. Cette humilité a permis de créer un vrai groupe d’amis alors que dans mes expériences précédentes, j’ai davantage côtoyé des collègues de travail. Je quitte donc le FC2A avec beaucoup de souvenirs et de belles rencontres. Et même si j’aurais pu continuer encore un peu, je pense que c’est le bon moment pour me consacrer pleinement à ma reconversion.
Justement, qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir entraîneur ?
Je pense que ça vient avant tout des expériences que j’ai pu vivre avec certains de mes entraîneurs comme Pascal Gastien, Pitso Mosimane, Alain Geiger, Amara Merouani ou encore Olivier Saragaglia. C’est leur passion, leur dévouement et la manière dont ils vivaient leur métier qui m’ont donné envie, à mon tour, de devenir entraîneur. J’ai découvert des personnes humbles et passionnées, avec qui les échanges étaient simples et naturels. Ça m’a vraiment marqué. À mon retour, Grenoble m’a proposé d’intégrer l’organigramme du club pour découvrir le rôle d’éducateur. J’ai commencé comme ça, progressivement, en entrant dans cette transition. Puis j’ai eu envie d’en découvrir davantage. J’ai alors été adjoint de Sébastien Navas, avant de me former et de passer mes diplômes.
Cette saison, tu as évolué sous les ordres de Jérémy Clément, qui a notamment connu une expérience en National avec le FC Versailles. Qu’est-ce que cela t’a apporté dans ta reconversion ?
Au-delà de son parcours sportif qui force le respect, Jérémy Clément, c’est la classe à l’état pur. Humainement, c’est quelqu’un de très investi et dévoué, qui pense toujours au collectif avant de penser à lui. Il a confirmé certaines convictions que j’avais déjà sur la manière dont je veux exercer ce métier et sur la philosophie que je veux mettre en place en tant qu’entraîneur. Franchement, je regrette de ne pas avoir pu passer plus de temps et d’années à ses côtés. Il a en tout cas renforcé l’image que je me fais d’un entraineur.
Est-ce que tes expériences en Afrique ont également un impact sur la façon dont tu souhaites transmettre aux jeunes en tant qu’entraîneur ?
Forcément, ces expériences m’ont marqué sur le plan personnel, et ça se ressent naturellement dans ma façon d’entraîner aujourd’hui. Elles m’ont permis de prendre conscience de la chance que j’avais, et de développer beaucoup plus de recul et d’humilité sur la vie. Cette vision influence directement mon approche au quotidien avec les jeunes. Pour moi, l’humain passe presque avant le sportif, même s’il faut évidemment trouver le bon équilibre entre les deux. Les jeunes sont dans une période de construction, où ils font des erreurs, et la confiance qu’on leur accorde est essentielle. Je pense que tout part de là. À travers ça, il faut aussi transmettre des valeurs d’humilité et de dévouement, qui façonnent autant le joueur que l’homme. C’est un tout qui fait la richesse et la beauté de ces années de préformation et de formation.
Cette saison, tu as poursuivi le travail réalisé auprès de la génération 2011, actuellement quatrième en U15 R1 et récemment finaliste du prestigieux tournoi de Neuville. Quel bilan tires-tu de ces deux années ?
Le bilan est très positif. J’ai eu la chance de travailler avec un staff extraordinaire. Kamel Ouraci a eu un rôle essentiel, notamment dans l’accompagnement mental des joueurs et dans la relation humaine au quotidien. Abdelghani Souissi nous a également beaucoup apporté avant de rejoindre le PSG après un an et demi passé à nos côtés. Cet équilibre au sein du staff a contribué à la qualité du travail réalisé. Nous avons récupéré une génération 2011 dont la principale force réside dans le collectif et dans sa capacité à travailler. Les joueurs ont accepté de répondre au niveau d’exigence que nous souhaitions mettre en place. Ils ont compris que, même sans centre de formation, l’investissement, le sérieux et les efforts permettent d’accomplir de belles choses.
Cette saison, nous avons perdu douze points au mois de novembre pour des raisons administratives et, malgré cela, nous sommes parvenus à nous hisser à la quatrième place du championnat. Honnêtement, je ne suis pas certain que beaucoup d’équipes auraient réussi à surmonter une telle épreuve. Au-delà des résultats, je suis surtout fier de leur évolution humaine. En l’espace de deux ans, je les ai vus gagner en maturité, grandir et passer progressivement du statut d’enfants à celui d’adolescents.


D’un point de vue personnel, tu as été retenu pour passer ton Brevet d’Entraîneur de Football (BEF) la saison prochaine. Sais-tu déjà auprès de quelle équipe tu officieras ?
Oui, la saison prochaine, je resterai sur la catégorie U15 avec la génération 2012. J’en suis très heureux parce que cela s’inscrit dans une certaine continuité du travail entrepris avec le club ces dernières années. Une relation de confiance s’est installée de part et d’autre, et c’est quelque chose qui compte beaucoup pour moi. J’ai toujours eu la volonté de travailler à partir des idées et du projet du club afin d’accompagner au mieux les joueurs issus du territoire. Aujourd’hui, le potentiel de l’agglomération grenobloise est énorme. Les clubs de la région réalisent également un très bon travail de formation, et notre mission au GF38 est d’accompagner ces jeunes dans leur développement pour leur permettre d’atteindre le plus haut niveau possible. Pour y parvenir, il faut s’appuyer sur des éducateurs compétents et diplômés, mais aussi sur un projet sportif attractif et cohérent. L’objectif est de donner envie aux meilleurs jeunes de l’agglomération de poursuivre leur parcours au GF38 et, à terme, de voir une grande majorité des effectifs U16, U17 et U18 composée de joueurs issus du bassin grenoblois.
Avec l’arrivée annoncée d’un centre de formation, est-ce que tu te projettes déjà sur la suite de ton parcours au GF38 ?
J’essaie de ne pas trop me projeter. C’est vrai que l’arrivée d’un centre de formation est un projet qui m’attire forcément. Je suis très attaché au club et à l’histoire que j’y ai construite, donc naturellement, cela donne envie de s’inscrire dans cette aventure. Après, ce sera au club de faire ses choix. De mon côté, je préfère me concentrer sur ce que je peux maîtriser : continuer à me former, acquérir de l’expérience et poursuivre ma démarche de professionnalisation. Pour le reste, on verra bien. Le football réserve souvent des surprises.
Je sais que tu es très attaché au club et que tu suis forcément le parcours de l’équipe professionnelle. Quel regard portes-tu sur cette dernière à l’aube d’une saison de Ligue 2 qui s’annonce particulièrement relevée ?
Au GF38, il y a toujours eu des cycles. Le club a connu la Ligue 1, la Ligue 2, le dépôt de bilan, puis une vraie reconstruction. C’est un peu le phénix qui renaît de ses cendres. Aujourd’hui, on a un club qui s’est installé durablement en Ligue 2, qui a même réussi à jouer les play-offs et à être dans le haut de tableau sur certaines saisons. Cette année a été plus compliquée, c’est vrai, mais je ne m’attends pas pour autant à les voir en difficulté l’an prochain. Le club a toujours su rebondir après des moments difficiles et performer dans un championnat relevé, donc franchement je suis plutôt optimiste.
Farès, notre entretien touche à sa fin. Est-ce que tu souhaites adresser un message aux supporters grenoblois ?
Je reçois encore régulièrement des messages de remerciements, même après l’arrêt de ma carrière. Mais en réalité, c’est plutôt moi qui les remercie pour leur reconnaissance et leur gratitude. C’est aussi là que je puise la force nécessaire pour m’investir au quotidien au sein du club. Pour moi, le privilège de défendre le maillot grenoblois a été immense. Je leur souhaite de continuer à soutenir les couleurs du club encore longtemps, et j’espère qu’ils viendront aussi voir les matchs des équipes de l’association, comme ils ont pu le faire avec les féminines ou les U17. Je pense que c’est aussi en voyant des amoureux du club venir les encourager ces équipes que les jeunes peuvent vraiment s’identifier au GF38. Je voudrais remercier aussi Métro-Sports et toutes les personnes que j’ai pu côtoyer durant mes trois années (Fred Sougey, Alain Thiriet, Julien Rister…). Ils ont toujours valorisé les efforts entrepris au quotidien pour le club, et leur travail a été apprécié par tous. Enfin, un grand merci à toute la grande famille du FC2A, à mes coéquipiers ainsi qu’à Jérémy Lavau et Dallas pour leur accueil et les moments passés ensemble !




