« Maintenant je me sens chez moi ici » : Maurizio Jacobacci se livre sur ses premiers mois au GF38

« Maintenant je me sens chez moi ici » : Maurizio Jacobacci se livre sur ses premiers mois au GF38


Nous avons pu longuement discuter avec Maurizio Jacobacci ce milieu de semaine. Arrivé cet été au GF38, l’entraîneur nous a parlé de son parcours, de son arrivée à Grenoble et de sa découverte du club et de la Ligue 2. Il est également longuement revenu sur l’évolution de son équipe au cours de ces premiers mois de compétition et sur ce qu’il attend de la suite.

Bonjour Maurizio. Tu disais lors d’une récente conférence que c’était important pour un joueur qui arrive d’être dans son chez soi, bien installé. C’est quelque chose qui vaut aussi pour un nouvel entraîneur…

Je suis surtout là pour travailler mais c’est important bien sûr d’être dans de bonnes dispositions. Il y a pas mal de choses qui sont arrivées pour moi en même temps : la vie quotidienne, savoir comment bouger dans la ville, savoir où je suis dans la ville pour trouver le plus rapidement possible les choses dont j’ai besoin, le fonctionnement de la vie privée et après connaître aussi le staff, les joueurs… Maintenant la vie privée c’est bon, mon appartement est bien, tout près de l’endroit où je travaille.

Le football français n’est pas spécialement réputé pour être accueillant avec les techniciens étrangers. Comment se passe ton « intégration » à la Ligue 2 ?

Honnêtement je n’ai pas ressenti de difficultés particulières même si je sais que ce n’est pas toujours facile d’être un entraîneur étranger qui arrive en France, ou qui arrive d’ailleurs dans n’importe quel pays à l’étranger, parce qu’on se dit dans ce pays qu’on a assez de coachs, pourquoi aller chercher des coachs étrangers ? En Ligue 2 nous sommes très peu d’étrangers, il n’y avait que celui de Nancy (Daniel Stendel, démis de ses fonctions le 25 septembre dernier, on peut rajouter Omar Daf, Sénégalais, mais qui a fait sa carrière de joueur puis d’entraîneur depuis plus de 20 ans en France, ndlr).
Sur 40 équipes professionnelles en France il y a finalement très peu d’entraîneurs étrangers. En Suisse par exemple c’est différent : sur les 10 équipes de Ligue 1, 5 ont des entraîneurs étrangers. Moi j’ai dû « accepter » que des étrangers viennent en Suisse entraîner, cela me semble naturel d’avoir pu opter d’aller entraîner en France et à Grenoble.

« Toujours à me re-prouver à moi-même que je suis à la hauteur de la situation »

Est-ce que tu as l’opportunité avant ou après les matchs de pouvoir échanger avec les entraîneurs des autres équipes de Ligue 2 par exemple ?

Il y a des salutations, des poignées de main avant le match, des félicitations après. Mais ce n’est pas tout le monde qui fait ça. Chez nous c’est la culture qui veut qu’avant le match on se salue et qu’après le match on se salue. Après pour des échanges plus poussés, des débriefs, il faut avoir un contact plus important, une synergie plus importante, se connaître. Je n’ai pas eu l’occasion d’avoir ce style d’échanges mais c’est normal, cela ne fait que 4 mois que je suis en France. De mon côté je me concentre sur mon travail à faire et sur mon rôle ici à Grenoble.

J’avais trouvé ton interview post-match à Auxerre sur Bein Sports agressive, voir grossière. Assez loin en tout cas du ton copinage/proximité habituel. Est-ce que c’est quelque chose qui t’a marqué de ton côté ou étais-tu habitué en Suisse à ce ton là ?

Je suis habitué et j’ai trouvé l’interview assez ok et pas particulièrement agressive. Je savais que la situation n’était pas facile dans le sens où notre équipe n’était pas encore en place, même si le résultat à Auxerre est sévère pour nous. C’est aussi vrai qu’on connaît la personne au fur et à mesure. Là on ne sait pas qui est cet entraîneur, à qui on a à faire d’où peut être une certaine froideur qui peut s’installer au début mais avec l’avancée du championnat j’espère que cela évoluera.

Tu étais justement un joueur puis un entraîneur connu et reconnu en Suisse. Là, tu arrives dans un contexte où finalement personne ne te connaît. Comment as-tu appréhendé cette situation particulière qui t’oblige, d’une certaine façon, à repartir de zéro, à  « re-prouver » ?

J’ai toujours à me re-prouver à moi-même que je suis à la hauteur de la situation. En passant d’abord par là, je prouve aussi aux autres par la même occasion donc ce n’est pas une situation qui était gênante. Je sais la responsabilité qu’a l’entraîneur vis à vis du club à Grenoble. Beaucoup dépend du résultat : la vie interne, les responsabilités vis à vis des employés… Il faut essayer de maintenir un statut professionnel. Et vu que la situation du début de saison était vraiment difficile, pénible même, rien n’était assuré. On savait que des joueurs allaient arriver, qu’il fallait les intégrer au goutte à goutte, que l’équipe allait se mettre en place progressivement. Mais dans le foot on sait que c’est difficile de laisser le temps au temps… »

J’allais venir à cette notion de « temps ». Dans une culture du résultat et de l’instant, l’entraîneur du GF38, équipe professionnelle, a-t-il aujourd’hui réellement le temps ?

Je pense qu’ici j’ai quand même trouvé un club qui est conscient que la situation du début de championnat n’était pas favorable : une équipe pas constituée, la délocalisation à Gueugnon des premiers matchs à domicile – d’ailleurs je n’ai pas compris, avec un peu de bon sens la Ligue aurait pu ne pas nous mettre un match à domicile dès la 1ère journée.

Des dirigeants conscients… Cela veut dire que malgré l’entame catastrophique tu n’as jamais senti ton poste menacé ?

Non, vraiment pas du tout.

Et de ton côté, t’es-tu demandé ce que tu venais faire dans cette « galère » ou partageais-tu cette conscience de travail sur un temps long pour obtenir des résultats ?

J’ai eu pas mal de temps à réfléchir sur l’équipe et comment on peut faire pour étoffer ce groupe existant après les nombreux départs qu’il y a eu. Et comment gérer tout ça alors que le championnat avait repris. Max (Marty) a été une personne importante pour moi pendant cette période. Il vit le foot et il comprend comment le foot fonctionne. Il se rendait compte de ce qu’on avait et où on voulait aller. Il m’a dit avant que le championnat commence que l’équipe aurait dans un premier temps des difficultés. C’est le premier également à avoir dit qu’il faudrait progresser au fur et à mesure et qu’on mettrait en place des choses progressivement. Il sait par exemple aujourd’hui lui aussi qu’il manque 1 ou 2 attaquants encore.

« Comprendre l’homme pour parler au joueur »

Relativement à la notion de « temps » dont on manque dans le football pro’, ce n’est pas forcément facile pour un nouvel entraîneur d’entendre ce discours « on ne sera prêt tout de suite »…

Pour être franc, je pensais quand même qu’on aurait moins de difficultés au début. Il y a eu c’est vrai des blessés inattendus pendant la préparation comme Manu (Perez), comme Achille (Anani). Mais je m’attendais à avoir un peu plus de qualités pour l’entame de saison. Là on commence à s’installer, on a pris pas mal de mesures par rapport aux autres équipes, on a installé deux systèmes de jeu qu’on peut mettre en place aujourd’hui sans problème d’un jour à l’autre. Ce sont des choses qui prennent du temps et j’en avais conscience.

J’ai aussi le sentiment, au-delà des éléments que tu as subi, que tu es aussi quelqu’un qui aime se placer dans un premier temps dans une situation d’observation. Et donc de prendre son temps, de prendre ce temps….

Oui, au début c’était ça. Déjà observer l’équipe à disposition. Comprendre la qualité qu’on pouvait avoir et essayer de faire progresser l’individu et le groupe.

Avec un message collectif qui peut différer des messages individuels et donc la nécessité de connaître et comprendre les joueurs individuellement ?

C’est le plus important pour moi de connaître l’individu et donc de passer par une phase d’observation individualisé. Il faut que je sache comment il va réagir sur l’une ou l’autre critique. Chacun réagit différemment. Quelqu’un on peut lui dire les choses claires et net et avec les autres il faut faire un petit peu attention. Il faut comprendre l’homme pour parler au joueur. C’est quelque chose qui prend du temps. C’est pas en deux-trois mois qu’on fait tout ça.

Il y a les joueurs, mais il y a aussi eu tout un staff à découvrir et apprendre avec qui travailler…

C’est très vrai (sourire). Déjà ils m’ont beaucoup aidé. D’abord il fallait se connaître, échanger nos idées. Eux devaient me faire comprendre que la Ligue 2 c’était « comme ça, comme ça, comme ça », vu que je connaissais très peu ce championnat. J’ai pu profiter rapidement de leur vécu avant de le vivre moi-même personnellement. Aujourd’hui je comprends beaucoup mieux certains discours qui m’avaient été faits par le staff, par Max ou par d’autres.

La Ligue 2 est un championnat difficile à appréhender quand on arrive de la D1 suisse ?

Il a ses spécificités. On le voit avec les joueurs qui sont arrivés qui ont eu de la peine à s’intégrer, pas dans le groupe, mais dans le championnat. L’aspect physique surtout qui diffère, l’impact physique. Même par rapport à la Ligue 1 en France où on a plus de possibilités, de temps au milieu du terrain pour contrôler le ballon, pour jouer le ballon et d’être soutenu par des qualités différentes, plus hautes. Il y a un temps d’adaptation, surtout peut être même pour les joueurs qui descendent d’une ligue (on vous renvoie sur ce sujet sur l’entretien de Romain Hamouma sur Coparena qui exprimait plus de facilité pour jouer en L2 qu’en CFA, ndlr). C’est aussi en Suisse comme ça entre les deux premières divisions.
La Ligue 2 a aussi des qualités techniques importantes mais pour moi c’est l’impact physique qui diffère le plus par rapport à d’autres championnats.

Cela veut dire que ton discours, ta vision, entre le jour où tu arrives à Grenoble et aujourd’hui a évolué ?

Absolument. A Grenoble je me suis rendu compte que pour performer on devait vraiment travailler sur l’aspect commun, le groupe, la solidité défensive, les transitions rapides et sur l’état d’esprit que l’équipe pouvait avoir l’an passé et qu’il fallait forger cette année avec des autres joueurs à disposition.

Tu as employé le mot froideur un peu plus tôt, on a également parlé d’observation. Est-ce que tu penses qu’à ton arrivée tu as pu dégager ce sentiment-là auprès de ton groupe, surtout qu’il venait de passer trois saisons avec un « entraîneur-copain » très expressif ?

Oui, c’est sûr que chaque entraîneur agit un peu différemment. Moi je ne suis pas celui qui sur chaque petit bobo dit « oui tu arrêtes, tu reviens demain ». Je crois que chaque blessure est différente. On peut un petit peu serrer les dents quand il y a une douleur qui n’empêche pas de s’entraîner.

« Si on progresse physiquement, je crois que l’on devient aussi plus fort mentalement »

Le joueur français a souvent la réputation d’être réticent aux efforts… Sentiment partagé ?

(Sourire) Oui. C’est différent de ce que je connaissais en Suisse donc il a aussi fallu que moi je m’adapte de ce côté-là. Je devais faire un pas vers eux, comme eux devaient faire un pas vers moi. Mais à la fin on veut tous la même chose : être performant. Pour ce but commun qu’on a il fallait qu’on trouve un équilibre. Je pense qu’on va progresser dans ça, on a déjà beaucoup progressé à ce niveau-là. Les résultats aident. L’important c’est qu’on soit ouvert à des nouveautés et que moi aussi je sois ouvert vis à vis d’eux, vis à vis de la culture française mais que eux aussi soient ouvert pour faire quelque chose de nouveau et pourquoi pas s’améliorer sur certaines choses. Si on peut devenir plus fort physiquement que ce que l’on était on aura tous à en profiter. On sera encore plus solide par rapport aux autres équipes. Les 20 dernières minutes d’un match on pourra mettre encore le paquet et faire la différence. Et pas s’affaiblir les 20 dernières parce qu’on est à bout de souffle, qu’on a des crampes… Je ne veux pas changer un joueur parce qu’il a des crampes mais pour un aspect tactique ou parce qu’il est dans un mauvais jour. Si un joueur fait un bon match, pour moi il devrait pouvoir le finir et pas devoir sortir pour une raison physique.

Ca intègre là aussi la notion de temps pour que les effets d’une grosse préparation physique se fassent ressentir, peut-être même aussi vis à vis des joueurs qui peuvent eux aussi, tout comme le public ou des dirigeants, être dans une culture de l’instant et du résultat immédiat…

Si on progresse physiquement, je crois que l’on devient aussi plus fort mentalement. On se rend compte, soi-même qu’à la fin je gagne, je domine face à mon adversaire direct. Même si le résultat n’est pas immédiat, il va arriver automatiquement. Cette prise de conscience doit être faite par les joueurs et à partir du moment où elle se fait ils savent que cela portera ses fruits à un moment.
Tout ce qu’on fait actuellement doit être bénéfique à la fin d’un championnat. Les joueurs peuvent ne pas comprendre ce discours tout de suite parce qu’il implique des efforts sans effet immédiat, mais ils vont se rendre compte.
A Grenoble cela a été le cas. Je pense que l’équipe et les joueurs se sont rendus compte de pas mal de choses aujourd’hui qui n’étaient pas forcément comprises en août. Ils étaient par exemple réticents parce qu’on pouvait passer d’un système à l’autre, parce qu’on pouvait jouer à 3… Certains n’étaient pas perplexes mais doutaient un peu. Les matchs ont montré, c’est vrai qu’avec le bon résultat derrière c’est plus simple, que travailler peut porter ses fruits. On met en place des choses, une tactique, un système qui peut mettre en difficulté l’adversaire. On ne s’adapte pas à l’adversaire, on utilise nos forces. Ces forces là il faut forcément du temps pour les développer.

Est-ce qu’aujourd’hui ton projet de jeu pour le GF38 est celui que tu avais en tête lors de ton arrivée, si tu en avais un en tête ?

Quand je suis arrivé à Grenoble je ne voulais pas tellement changer de système vu que cela fonctionnait très bien et que les résultats avaient été excellents.

On est d’accord qu’en Suisse tu étais plutôt adepte d’un système à 3 derrière ?

Les années précédentes je jouais aussi un 4231 ou un 4141. J’ai commencé à jouer à 3 derrière quand je suis arrivé à Lugano. Avec le Covid et l’enchaînement parfois de 2 ou 3 matchs par semaine j’ai opté pour un système à 3 ou 5 derrière pour avoir moins d’efforts à faire défensivement, pour occuper mieux les espaces. Cela fonctionnait tellement bien que je l’ai conservé. L’équipe avait fait plus que répondre à mes attentes et avait fait des résultats extraordinaires, je ne voyais pas pourquoi changer quelque chose qui marchait très bien.
Mais quand je suis arrivé à Grenoble je n’ai jamais pensé changer le système qui était bien mis en place et qui a porté ses fruits.

Qu’est ce qui t’a amené à apporter de la nouveauté ?

La possibilité qui m’était donnée avec les joueurs de l’équipe. Loris (Néry) avait été défenseur central avant de devenir par la suite un latéral, avec ses qualités importantes, parce que techniquement c’est quelqu’un qui est très valide, il sort bien les ballons, il est bon de la tête aussi même si la taille n’est pas trop grande, il a un bon timing, il est robuste. Je pensais qu’avec Loic (Nestor) et Adri (Monfray) il pouvait faire un bon trio. Straalman (blessé depuis le début de la saison, ndlr) est aussi un joueur qui peut jouer à 3 assez facilement et on a aussi Jules (Sylvestre-Brac) qui sait le faire aussi.
Sur les côtés Gaspar et Abdallah puis Gersbach sont des joueurs qui peuvent faire des aller-retours, ils ont le coffre pour pouvoir faire ce rôle de piston là.
J’avais le matériel pour avoir cette possibilité de passer à un système à 3. Cela permettait en plus devant de pouvoir jouer avec un Ravet un petit peu plus à l’intérieur. En cumulé cela faisait pas mal de points en faveur de cette option et qui me donnaient la perspective de pouvoir jouer de cette façon-là.

« Le footballeur est un être humain comme un autre »

Loïc Nestor me disait que si individuellement un joueur pro’ était apte à évoluer dans n’importe quel système, que c’était en revanche un gros travail collectif d’adaptation pour le mettre en place collectivement.

C’est quelque chose qu’il fallait plus travailler. C’est petit à petit que c’est venu. L’équipe devait s’habituer à certaines dynamiques, certaines triangulations qu’on pouvait mettre en place. Et les joueurs ont vu que cela fonctionnait vraiment bien. Contre Toulouse c’était un peu particulier avec peu de préparation, des joueurs absents, il faut le dire, mais avec 20 premières bonnes minutes. Donc il ne fallait pas s’arrêter là et continuer avec cette idée qu’on avait décidé de mettre en place. Et contre Pau on a fait un sacré match.

Le GF38 restait sur sa meilleure saison, il y a aussi beaucoup de joueurs d’expérience, peut-être un peu plus conservateurs que des jeunes joueurs, surtout quand ce qui existait fonctionne bien… Est-ce qu’il y a eu un nécessaire travail d’échanges et de dialogue pour accompagner cette transition vers un nouveau système ?

C’est une réaction assez normal. Le footballeur est un être humain comme un autre. On aime tous les choses stables, auxquelles on est habitué. On n’aime pas trop les changements, surtout quand le situation qui existe est bonne. On a des rituels. Le matin je me lève je prends mon café, mon déjeuner… C’est vrai qu’un jeune joueur sera peut être moins dans cet aspect « habitude » qu’un joueur qui a un plus grand vécu et qui sera plus réticent à changer quelque chose qui a bien fonctionné et à opter pour du nouveau.
Mais on a la nécessité dans le football d’être ouvert à des choses nouvelles. Si ça porte ses fruits bien sûr. Si on n’avait pas eu le résultat derrière aujourd’hui on ne serait pas là à parler des deux systèmes qu’on peut mettre en place pour surprendre l’adversaire. On serait revenu au traditionnel.

Surprendre l’adversaire avant un match mais aussi au cours d’un match, on a vu que tu n’hésitais pas à opérer beaucoup de changements, de joueurs ou d’animation, en cours de rencontre depuis le début de la saison.

Bien sûr. La première fois que l’on a joué à 3 derrière c’était à Niort en cours de match. Après les circonstances, avec le rouge de Manuel (De Iriondo), nous ont contraint à le faire. Mais cela avait bien marché même si c’était par la force des choses. Même à 10 on était parvenu à être plus percutants que ce qu’on avait été à 4 derrière à 11.

Ce jour-là vous aviez perdu. Contre Pau vous avez combiné la manière au résultat. Est-ce qu’avec la manière mais sans le résultat tes choix – la titularisation de Cissé, le 343 instauré – auraient probablement été très critiqués…

Le résultat c’est une chose, la performance en est une autre. Je comprends les critiques du public qui lui attend le résultat. Mais pour moi on peut perdre un match comme à Niort, où on ne méritait pas de perdre, mais en pouvant construire et s’appuyer dessus. Il ne faut pas voir que le résultat en soi. On peut faire un championnat pour monter mais ne pas monter à cause d’un but en moins à la différence de but. Certains peuvent dire « vous avez raté le championnat », ce n’est pas raté pour moi. On n’a pas eu de réussite pour un but. Le travail a été fait pour qu’on puisse monter. Ce but d’écart ne change pas le travail effectué et tout ne peut pas être mis en question par le résultat. Il faut pouvoir analyser ce résultat, dans la victoire comme dans la défaite, et ne pas juste le regarder de manière simple.

Est-ce qu’aujourd’hui le GF38 ressemble à Maurizio Jacobacci ou peut-il davantage te ressembler par rapport à ce que tu veux mettre en place ?

Il peut encore plus me ressembler. Je pense qu’on est qu’au début de quelque chose. J’espère déjà avoir une fois tout mon effectif à disposition pour mettre l’équipe-type sur le terrain et voir à quel niveau on en est réellement. Avec tous les blessés c’est quelque chose qui a été impossible jusque-là.

Carlo Ancelotti dit que quand les joueurs arrivent à mettre en place 30% de ce qu’on leur demande, on peut être satisfait. C’est un ressenti que tu partages ?

(sourire) J’espère quand même qu’on arrivera à mettre en place un peu plus que 30% ! Quand on fait un match comme celui de Pau je suis vraiment très satisfait. On a fait un très bon match de la première à la dernière, avec de l’application technique, tactique, on a maîtrisé notre sujet, mis des beaux buts. On a fait un match plein, tous les ingrédients étaient réunis. On n’a pas loupé de passes faciles, on a fait circuler le ballon, on a fait courir l’adversaire. La seule chose qu’on aurait pu faire de plus, c’est chercher le 3ème but. Mais le reste était parfait. On n’a jamais craint de perdre le match ou de lâcher prise.

Tu avais la réputation en Suisse d’être un gros travailleur. Comment cela se traduit dans ton quotidien, notamment sur la préparation de l’adversaire ?

Je m’intéresse à comment joue l’adversaire et avec mon staff on essaie de donner des indications importantes aux joueurs pour qu’ils puissent savoir à qui ils ont à faire sur le terrain, les forces, les faiblesses et leur expliquer pourquoi on doit faire ça, ça ou ça. Les coups de pied arrêtés (travaillés spécifiquement par Arnaud Genty au sein du staff) sont un point très important notamment. Je m’applique beaucoup à ça.
Mais je ne veux pas non plus mettre en valeur l’adversaire parce qu’à la fin ce qui comptera c’est ce que nous mettrons nous en place sur le terrain pour le mettre en difficulté qui sera important.

Par rapport à cette connaissance de l’environnement Ligue 2, tu te sens plus en confiance ? J’ai remarqué que tu venais sans fiche désormais lors des conférences d’avant-match par exemple.

C’est clair que maintenant je suis dedans, je sais de quoi on parle. Si quelqu’un me demande aujourd’hui comment je juge la Ligue 2 je peux donner un avis personnel, pas sur ce que j’ai entendu dire. Ça il y a deux mois en arrière je n’aurais pas pu le faire.
En ce qui me concerne c’est quelque chose qui s’est mis en place petit à petit. Après c’est bien de mieux connaître les adversaires mais l’important reste de connaître et maîtriser l’ « outil » qu’on a à notre disposition, pour ne pas aller au-delà de ce qu’on peut faire aujourd’hui. Avec trop d’exigence, on mettrait en difficulté l’équipe.

Tu n’es pas francophone mais tu parles français naturellement, ce n’est donc pas quelque chose qui a pu être à frein à ton arrivée ?

Je parlais italien à la maison et allemand à l’école quand j’étais petit mais dès que j’ai quitté la maison parentale je suis allé en Suisse Romande. Je connaissais déjà un peu la langue et là j’ai appris pendant 4 ans et j’ai perfectionné mon français. Aujourd’hui je réfléchis en français si quelqu’un me parle en français, c’est devenu naturel.

Cette faculté de maîtriser plusieurs langues n’est pas inutile cette année au GF38…

Oui la communication reste primordiale. On voit les difficultés que peut avoir Kokhreidze qui parle seulement un petit peu anglais et qui est quelque part un peu isolé même si il essaie de s’intégrer et que les joueurs ici l’intègrent mais c’est difficile. Pouvoir communiquer c’est essentiel si on veut parler de l’aspect tactique également.

Pour aborder un peu ton parcours rapidement, qu’est ce qui t’a donné envie de devenir entraîneur ?

Ça m’a donné la possibilité de rester dans le foot. Pour moi le foot c’est la vie, avec la vie privée, la famille, les enfants… Le foot c’est ce qui m’a donné tout ce que j’ai pu vivre. J’ai vécu à travers le foot. C’est ce qui m’a donné à manger. Avoir pu faire une vie à travers le foot, qui était ma passion et faire mon travail, c’est quelque chose de magnifique.

A l’issue de ta carrière de joueur, tu n’as toutefois pas entraîné immédiatement.

J’avais fait un apprentissage mais qui ne me servait à rien. J’étais dessinateur en machine. Vu que j’ai dû arrêter d’un coup à cause de problèmes de dos que j’avais. Donc j’ai repris un stage de 3 ans pour devenir naturopathe. J’ai fait mes diplômes pour ça. Mais j’entraînais quand même à côté dans des petites équipes et puis j’ai eu l’opportunité de devenir assistant aux Grasshoppers de Zurich. J’ai fait deux ans et demi là-bas, en gagnant un titre, en faisant une finale de coupe de Suisse. Ça m’a donné la possibilité de lancer la nouvelle vie d’entraîneur professionnel.

Est-ce qu’il y a des entraîneurs qui t’ont marqué à tes débuts ou tout au long de ton parcours ?

Chaque entraîneur peut donner quelque chose à mes yeux, à la fin c’est toi qui dois trouver ton chemin. Après il y a notamment eu Gilbert Gress, sa rigueur, faire attention à tout. C’est un entraîneur qui m’a forgé puisque j’ai fait 5 ans avec lui, 3 ans à Neuchâtel où on a gagné des titres, et 2 ans au Servette. Il y a d’autres entraîneurs qui étaient peut-être moins bons, qui ont pu faire des erreurs sur certains aspects, mais grâce à qui j’ai pu me rendre compte justement des choses à éviter.

Actuellement, il y a des équipes que tu aimes particulièrement regarder ?

J’ai plaisir à voir jouer Liverpool avec Klopp qui a un système en place qui est très intéressant. Mais justement il faut avoir les joueurs adaptés et beaucoup s’entraîner pour réussir à pratiquer son style de jeu. Il est modelé. Les deux excentrés deviennent attaquants, l’attaquant devient n°10, le milieu devant la défense qui devient 3ème défenseur avec les extérieurs qui montent d’un cran… C’est vraiment un mécanisme incroyable qui se met en place. Même si Klopp peut compter sur des joueurs incroyables, à travers le travail on pourrait certainement le mettre en place en Ligue 2.

Un de tes compatriotes, Peter Zeidler, avait justement tenté de mettre en place un jeu ambitieux en Ligue 2 avec Sochaux, après avoir également entraîné Tours quand Max Marty en était le directeur sportif. Est-ce quelqu’un que tu connais bien et auprès de qui tu t’es par exemple renseigné avant de signer à Grenoble ?

J’ai pas parlé avec lui de la Ligue 2 mais je suivais la Ligue 2 quand il entraînait Sochaux parce que je connaissais Kaenzig qui était président du club. Donc j’ai vu ce qu’il faisait à l’époque. Zeidler c’est quelqu’un qui aime bien le contre-pressing, qui n’a qu’un système dans le sens où c’est vraiment presser l’adversaire à tout moment. Où il souffre c’est quand il doit défendre. Pour moi les transitions sont importantes, qu’elles soient défensives ou offensives. On ne peut pas seulement presser haut avec les offensifs. Si l’équipe adverse se sort du contre pressing du premier bloc il faut avoir une 2ème solution, une 3ème solution.

Par rapport au travail que tu as pu effectuer à Grenoble jusque-là, j’ai le sentiment que tu as d’abord chercher à travailler sur les phases défensives dans un premier temps avant de passer sur l’animation offensive dans un second. Est-ce parce que c’est un apprentissage plus « simple » et rapide à intégrer ?

C’est vrai que la base on l’a fait à travers la défense. La base c’est d’abord assurer derrière et ne pas prendre de but. Pas prendre de but c’est un match nul assuré et on n’a pas besoin d’avoir de nombreuses occasions. Si on marque un but, on gagne le match. Si on est fort derrière et qu’on marque un but on s’assure très majoritairement la victoire. C’est une force de savoir que de nous marquer un but c’est très difficile. Même l’adversaire ressent ça. L’adversaire sait que s’il prend un but contre cette équipe, qu’il a de très fortes chances de perdre le match. C’est un impact psychologique qui est important.
Ce n’est pas penser seulement défensif mais pour l’entraîneur mettre en place l’aspect défensif est la chose primaire. A travers ça on commence à faire des phases offensives. Dans cette dernière c’est la qualité individuelle de chaque joueur qui doit être mise en avant.

Es-tu justement plus un entraîneur qui aime « l’ordre » avec des circuits de passes bien définis et travaillés sur les phases offensives ou un entraîneur qui préfère laisser ses joueurs offensifs libres et créatifs ?

J’ai quand même certaines situations, comment on veut sortir balle au pied depuis derrière, quels mouvements il faut faire pour libérer un espace et mettre la balle dans cet endroit-là pour mettre en difficulté l’adversaire. Mais les derniers 30 mètres cela reste l’instinct de chaque joueur qui prime : je fais un 1 vs 1, un dédoublement, un 1-2, je frappe de 25 mètres… Cela doit rester la décision du joueur. Ce n’est pas moi qui vais dire à un joueur quand il doit frapper. On travaille par exemple plus sur dans quelles zones il faut mettre un centre selon où on se trouve. Si quelqu’un va jusqu’à la ligne de fond le centre doit arriver au 2ème poteau ; si je pique dans les 16 mètres la passe en retrait doit être primordiale. Ce sont des exercices que l’on fait pour les joueurs qui ont le ballon mais aussi pour les joueurs qui doivent être à la réception et qui doivent donc se déplacer en fonction de ce que fait le centreur, en anticipant la zone où le ballon doit arriver. Pour résumer le joueur qui a le ballon doit décider, avec ses qualités, son instinct, de ce qu’il va faire, nous on doit l’aider dans la réalisation de cette décision avec des choses travaillées en amont. Les joueurs doivent aussi se connaître, se comprendre. Si un joueur aime recevoir le ballon dans les pieds il ne faut pas le lui mettre en profondeur.
A la fin le talent de chacun peut faire la différence donc je ne veux pas mettre le talent dans un paquet et ne plus le laisser s’exprimer.

«  Ce qui m’intéresse, c’est la verticalité »

Si je te qualifie d’entraîneur défensif, tu me réponds quoi ?

Depuis que je suis à Lugano on me caractérise comme un entraîneur défensif qui fait des contres. Alors qu’il y a 20 ans on disait que j’étais un entraîneur très offensif. Ce n’est pas moi qui ai changé, je me suis adapté à la qualité de l’effectif que j’avais à Lugano. Pour avoir du succès à Lugano, je devais jouer de cette façon-là parce que j’avais des joueurs clés qui voulaient jouer comme ça. Celestini a dû partir parce que le style qu’il souhaitait ne fonctionnait pas. Il mettait l’équipe en difficulté parce qu’il voulait sortir balle au pied derrière, en faisant de la passe à 10 dans la zone 1 alors qu’il n’y avait pas la qualité technique pour sortir balle au pied. Ils perdaient le ballon à l’orée des 16m et ils prenaient des buts comme ça.
Je suis arrivé et j’ai dit que je ne voulais pas prendre de risque, on met des ballons longs et on joue sur la deuxième balle. On va jouer dans la zone 2 et la zone 3, c’est là qu’on jouera, derrière on ne prend pas de risque. Et ça a porté ses fruits. L’équipe a soufflé, est devenue plus sereine.

Est-ce que la phase d’audace peut, doit intervenir après avoir assuré cette sérénité pour toi ?

Exactement. On a même mis en place des sorties de balle depuis derrière mais il était important avant tout de mettre l’équipe en confiance et d’éviter que les joueurs soient en difficulté. Et pas avec cette rigueur de faire une passe à 100 de derrière.
Ce qui m’intéresse, c’est la verticalité. Si avec deux passes on peut arriver au but il faut le faire. Ce n’est évidemment pas toujours possible mais il ne faut pas se priver d’un jeu direct si c’est une solution qui fonctionne.
C’est toujours dans les transitions qu’on fait le plus de différences. En cas de perte de balle il faut tout de suite se mettre en position défensive et chasser l’adversaire. Si on récupère le ballon, c’est là qu’il faut déséquilibrer l’adversaire qui est encore dans sa phase offensive et alors que j’ai moins d’obstacle en tout cas.

Dans cette optique-là, le positionnement bloc bas du GF38 en début de saison n’était-il pas moins efficace, parce que plus de chemin à parcourir pour tes offensifs et trop d’isolement pour l’attaquant de pointe, qu’un bloc équipe beaucoup plus haut comme on l’a davantage vu ces dernières semaines ?

Le but pour moi c’est de travailler effectivement le plus loin possible de nos buts. Ça c’est mon objectif, après il faut tenir compte de la volonté de l’adversaire, du déroulement du match… Ce que je demande à l’équipe, surtout à la défense, c’est de savoir lire la situation. Si on est dans une situation où l’adversaire ne peut pas jouer long, on peut avec le bloc défensif monter d’un cran. Si on voit que le ballon est libre, il faut fuir le ballon ; c’est à dire qu’on ne doit pas laisser la possibilité de mettre le ballon dans le dos de la défense. C’est pas l’adversaire qui est important (Maurizio illustre ses propos en même temps avec un sucre et un sachet de thé pour représenter son joueur et l’adversaire, ndlr), s’il reçoit le ballon dans les pieds, c’est ce que je voulais, que le ballon reste toujours devant moi et là je peux attaquer l’adversaire.

J’ai des joueurs qui sont assez intelligents comme Adri (Monfray) comme Tonton (Nestor) qui savent lire justement ces situations. La défense elle est là pour un rôle important de piston. Ils doivent rester élastique et bouger toujours comme le ballon : le ballon va en avant, j’avance ; le ballon va vers mon but, je dois descendre. Si le défenseur reste immobile quand le ballon bouge, il ne sera plus dans la bonne position.

C’est quelque chose qui se fait naturellement chez un joueur professionnel ?

Non c’est un gros travail à effectuer, ce n’est pas quelque chose qu’un joueur sait faire naturellement. Il y a en plus la dimension collective dans la mise en œuvre de cela.

Pourquoi Grenoble ?

J’ai parlé avec l’agent qui m’a proposé Grenoble, que Max (Marty) connaissait très bien et qui avait amené Pickel à Grenoble. Il m’a parlé très bien de Grenoble, que la ville était bien, les gens sympa que le club était un club tranquille avec un président qui laissait travailler et qui n’était pas tout de suite dans la panique, un directeur général qui connaissait le foot en France et qui était quelqu’un qui parlait foot. Le stade aussi. Les infrastructures d’entraînement j’ai su ça par Max par la suite. Vu que j’étais libre et que la France est quand même un pays de sport, avec une culture importante de foot. La Ligue 2 je l’avais suivie par moment à Sochaux, il y avait cette opportunité. J’ai voulu écouter les propos de Max et du président, on s’est retrouvé assez rapidement. Le discours qu’on a eu a été bon.

« Cette équipe-là peut encore progresser »

Quels sont les objectifs qu’on t’a fixés et que toi tu t’es fixés en rejoignant le GF38 ?

L’objectif premier fixé pour moi c’est de pas être relégable. Mais je ne suis pas venu ici pour jouer la non relégation. Je ne connaissais par contre effectivement pas toute la situation. Je savais que certains éléments comme Moussa (Djitté) pouvaient partir, mais qu’il y ait 5 départs importants je ne m’y attendais pas. Ca m’a un petit peu surpris. Mais j’avais regardé le classement de l’an dernier avec une équipe qui avait joué la montée. Je pensais trouver une équipe bien amalgamée, bien soudée où il y avait de la continuation dans le travail. C’était l’approche que je me faisais à l’époque : continuer le travail qui avait été accompli.

Trois mois plus tard le sentiment c’est qu’il faut repartir sur quelque chose de nouveau ?

Oui. Mais ce n’est pas quelque chose qui me dérange. Ces dernières semaines m’ont donné des satisfactions. Par les joueurs déjà en premier parce que j’ai vu qu’il y avait de leur part un effort qui était fait et qu’ils étaient ouvert à quelque chose de nouveau. Se connaître mieux ça impliquait aussi ce genre d’évolution.

J’avais dit « Grenoble mérite un meilleur classement qu’actuellement ». Je parlais pas d’être 5ème mais d’être autour de la 8-10ème place, je me rendais compte qu’on avait progressé dans le jeu, dans l’aspect physique. Et je pense encore que cette équipe là peut encore progresser.
Je préfère, si je dois choisir, entre commencer fort un championnat et s’écrouler et décevoir au début et que les gens se disent « pourquoi on a pris cet entraîneur, qu’est ce qu’on est en-train de faire… » et par le travail progresser avec l’équipe et essayer de monter petit à petit, je préfère la deuxième option.

Avec en plus peut être un objectif sur deux ans puisque tu as signé pour cette durée ?

Exactement. Les supporters espéraient naturellement faire un autre pas vers la Ligue 1. Ils se voyaient 3e, 2e, 1er pourquoi pas mais il faut être réaliste et se rendre compte de ce qu’on a perdu, de comment on a fait certains résultats l’année passée, ce qu’a fait Brice sur certains penaltys…
Le message doit aussi passer auprès du public. On a besoin du 12ème homme. Notre début de championnat est une catastrophe c’est la réalité mais avec une équipe pas en place, des matchs à l’extérieur, des gros adversaires… Mais l’équipe a quand même montré du caractère.

Ce match contre Nîmes c’est peut-être le petit tournant avec une réussite enfin de votre côté ?

Oui, surtout si on pense qu’on a tout de suite pris un but, dès les premières secondes. Et là l’équipe a vraiment montré son caractère et elle en a été récompensée. On a eu de la chance de gagner 2-1 de gagner contre Nîmes après on en prend un à la 93e minute à Rodez donc ça s’équilibre. En tout cas l’équipe a montré dans tous ses derniers matchs qu’elle a du caractère.

Qu’est-ce que tu attends désormais de ce groupe qui semble être sur la bonne voie ?

J’aimerais encore voir plus de rigueur à l’entraînement, plus de concentration à l’entraînement. Est-ce que c’est le terrain qui fait que parfois la concentration vient à manquer ? C’est possible.

Est-ce que tu penses d’ailleurs que tu as été recruté pour apporter davantage de rigueur et de « professionnalisme » ?

Je ne sais pas si c’est à cause de ça. Une chose sûre s’ils ont opté sur ma personne c’est parce que je parlais trois langues plus l’anglais un petit peu. C’était important pour eux, la communication fait partie de notre métier, il faut savoir parler avec les joueurs, avec la presse, avec les gens… Mais je pense quand même que mon parcours à Lugano et dans le passé était pour quelque chose. Sinon savoir seulement les langues…

Sinon on prend un interprète, ça suffit !

(sourire) Voilà ! Je suis un homme de terrain. Je suis vraiment passionné de foot ce qui a pu faire peut-être pencher la balance sur ma personne. On a vécu presque 3 heures ensemble à Annecy quand on s’est rencontré, c’était très agréable, on s’est bien entendu, on a parlé de tout et de rien, pas seulement de foot. Aujourd’hui je suis là.

Et bien là ?

Oui je suis très content. Je suis moins tendu qu’au début.

Tes précédentes expériences à l’étranger s’étaient mal passées ? Est-ce que ça a pu influer sur ton comportement en arrivant ici ?

Innsbruck ne s’était effectivement pas très bien passé. C’était une expérience mais qui m’a permis d’apprendre. Pour moi c’était une mésentente. Comme entraîneur je suis arrivé comme dernier pion, l’équipe était en place. J’ai forcé la chose en voulant jouer à ma façon – on m’a pris pour jouer comme ça – mais les joueurs n’étaient pas adaptés. Après 3 mois ça s’est terminé. Mais j’ai pu comprendre où je devais faire plus attention.

A Grenoble j’ai essayé de vite avoir une synergie importante avec le staff pour travailler dans un contexte idéal. Max a été important : au début on se voyait une fois par semaine, on allait manger ensemble, il me disait d’être attentif à certaines choses. On avait un échange d’opinion. Il me rassurait sur le fait que le groupe n’était pas définitif, qu’on mettrait des choses en place sur la deuxième année si c’est pas cette année.

En parlant de Kokhreidze tu parlais du risque d’être isolé pour un joueur mais pour un entraîneur qui débarque comme ça dans un milieu inconnu, le risque est identique ?

Absolument et là cela n’a pas été le cas, notamment grâce à la présence de Max.

Tu n’allais pas saluer le kop à l’issue des rencontres jusqu’à il y a peu. Est-ce qu’il y a une raison particulière ?

Je ne l’avais jamais fait auparavant en Suisse. Pour moi c’était un moment entre les joueurs et le public. Ce dernier pour remercier les joueurs de leur match, parce que ce sont eux qui font les efforts, ce sont eux les importants, et les joueurs pour remercier le public de son soutien.
Mais sur les derniers matchs je suis sorti avec tout le monde, j’ai vu que le président le faisait aussi. C’était quelque chose de nouveau mais quand je disais que je comprenais les choses au fur et à mesure cela en fait partie donc c’est une bonne habitude que j’ai prise.

Pour finir, tu es arrivé en « étranger », est-ce que tu te sens Grenoblois aujourd’hui ?!

Oui je me sens Grenoblois. Maintenant je me sens chez moi ici, j’aime bien la ville, je m’y sens bien, j’ai enfin fini toutes les démarches administratives et les choses comme ça et je peux me concentrer sur l’important.

Merci beaucoup à Maurizio Jacobacci pour sa disponibilité et pour l’échange.

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