On a parlé foot avec… Olivier Guégan – Partie 2

Souvent cantonnés à des interviews avant les rencontres ou des conférences de presse d’après-match, nous avons décidé de bouleverser ces habitudes pour vous proposer, pendant la trêve, une interview plus longue réalisée avec le coach du GF 38, Olivier Guégan. Après une première partie consacrée à son rapport au football et son parcours, nous avons parlé de jeu et de tactique, l’occasion de connaître les inspirations de l’entraîneur grenoblois.




Pendant votre formation, vous avez eu l’occasion de découvrir l’intérieur de plusieurs clubs, quelle expérience en retirez-vous ?

Je me suis rendu à Southampton, Tottenham, l’Atlético, Rome ou Paris. Je me suis renseigné, j’ai observé parce que je trouve que c’est important de voir comment fonctionnent les autres. Il y a plein d’enseignements à tirer. Mais c’est surtout la personnalité des coachs qui m’intéressaient : par des connaissances, j’ai eu l’opportunité de voir certains entraîneurs et c’est toujours bénéfique. Quand je parle de voir, ce n’est pas rester derrière un grillage mais regarder comment ils se comportent en interne, avec leur staff, leurs joueurs, l’environnement du club… J’ai été voir Pochettino à ses débuts à Southampton. C’est un club portuaire qui ressemblait beaucoup à Reims : dans ville de 200 000 habitants, tourné vers la formation et qui était en train de se développer. Le charisme de Pochettino m’intéressait : il dégage beaucoup de positif dans ses rapports humains. Il est très rigoureux dans le travail et a un rapport particulier avec la nouvelle technologie dans le domaine médical ou athlétique. Ensuite, je suis parti à Madrid voir Simeone : les résultats qu’il avait obtenu à l’époque était extraordinaires avec un groupe bon mais pas fantastique. Et puis l’intelligence de Rudi (ndlr : Garcia) lors de son arrivée dans le chaudron qu’est Rome. Comment il a su s’adapter et travailler. Je l’ai dit dans des interviews : le mix de ces trois personnalités peut faire un entraîneur parfait : le charisme de Pochettino, le leadership de Simeone et l’intelligence de Garcia.

Quelles sont les équipes qui vous impressionnent aujourd’hui en Europe ?

Il y a plein d’équipes avec des qualités très différentes : le City de Guardiola aujourd’hui est extraordinaire dans sa possession, sa maîtrise. Tottenham avec sa verticalité, son jeu d’attaque rapide, sa volonté de faire mal à l’adversaire à chaque fois. L’animation défensive très structurée de l’Atlético Madrid… Il y a énormément de choses que j’apprécie un peu partout mais je pense qu’un entraîneur doit surtout savoir s’adapter par rapport aux effectifs qu’on a sous la main.

Justement, votre leitmotiv, même à Reims, a toujours été le collectif…

Je l’ai toujours dit : c’est le collectif le plus important. Même à Grenoble aujourd’hui, il n’y a pas un titulaire indiscutable qui peut dire « moi je joue tous les matchs ». J’ai cette volonté de concerner tout mon effectif et j’ai envie que les joueurs ressentent que c’est au mérite et surtout que je suis le plus juste possible. Après, il y a des profils différents : certains qui sont plus physiques, d’autres plus techniques. Il y a des périodes de l’année où il faut mettre davantage de technicité sur le terrain. Il y a plein de réflexions à avoir mais pour moi le collectif primera toujours sur l’individu.

On a l’impression que les schémas de jeu importent finalement assez peu, c’est votre avis ?

Tactiquement, je ne suis pas arrêté. On peut jouer en 3-5-2 comme à l’heure actuelle parce qu’on a beaucoup de joueurs d’axe, l’année dernière, on jouait en 4-3-3. Donc je ne suis fermé à aucun schéma. Le football a évolué. Il n’y a plus forcément de système de jeu mais l’objectif maintenant, c’est de mettre la densité côté ballon. De réduire l’incertitude et de remettre la pression sur l’adversaire à la perte du ballon. Aujourd’hui, les schémas de jeu, au haut niveau, ne veulent plus dire grand-chose : Messi est capable de jouer avant-centre et d’être à droite et gauche en même temps. Le football de très haut niveau, ce n’est plus le système mais la densité que les joueurs sont capables de mettre et de maintenir. Et évidemment de savoir sortir de cette densité pour mettre l’adversaire en difficulté. Il y a plusieurs façons de ressortir le ballon : tout le monde n’est pas capable aujourd’hui de faire du City ou du Paris-Saint-Germain. Par contre, quand ça marche, c’est magnifique.

Il y a des joueurs aujourd’hui qui vous font lever de votre fauteuil quand vous regardez un match ?

Messi, Neymar, Mbappé à l’heure actuelle, tous ces profils de joueurs sont extraordinaires. Après, il y en a d’autres que j’aime beaucoup comme Sergio Ramos qui est vraiment fantastique à son poste : capable de marquer, de défendre, d’être agressif, de relancer, de jouer long. En tant qu’ancien milieu défensif, j’aime beaucoup ce que fait Kanté : il maitrise parfaitement son poste. Faire ce qu’il fait avec le volume qu’il a et si peu de déchet, c’est extraordinaire.

Puisque vous parlez d’un joueur français, quel regard portez-vous sur l’équipe de France actuelle ?

En France, on a une génération exceptionnelle. Tous les postes sont quasiment doublés voire triplés avec des joueurs de très très haut niveau. Le plus difficile sera de réussir à les faire jouer ensemble, à avoir un équilibre. Après, je ne sais pas si elle n’arrive pas un peu trop tôt : je pense qu’on sera encore plus performants dans deux ans mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a moyen de faire quelque chose de grand. La jeunesse, ça a des défauts, mais ça a aussi de la qualité. Quand on est titulaire au PSG, au Bayern, à Madrid, dans tous ces grands clubs, c’est qu’on a la pointure pour gagner la Coupe du monde. Il faudra aussi compter sur le Brésil, l’Allemagne, l’Espagne et il y aura forcément une surprise, comme à chaque fois.

Et au niveau des clubs, il y a la C1… Vous avez un favori ?

C’est trop tôt pour se prononcer encore sur la Ligue des Champions. Je pense que les gros seront à l’heure à la fin : le Real Madrid, le Bayern Munich sont programmés pour performer dans cette compétition (ndlr : l’interview a été réalisée juste avant le tirage au sort des 8e de finale). La vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain.

Vous comprenez cette immédiateté des résultats qu’on demande aux entraîneurs ?

Ce sont les médias qui mettent la pression. Après, à Madrid, il faut gagner tous les matchs. Mais ce sont surtout toutes les émissions, les analyses, les spécialistes qui donnent leur avis sur tout et rien qui orientent l’avis des téléspectateurs et auditeurs. C’est surtout ça qui a changé la donnée. Après, les grosses institutions sont obligées de gagner.

Si on vous propose, maintenant, de signer dans le club de votre choix. N’importe lequel.

Le football à l’heure actuelle, c’est encore en Angleterre. Les gens vivent vraiment pour ce sport. Tottenham, ça me plairait bien. Il y a des structures d’entraînement extraordinaires, leur nouveau stade est magnifique.

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