Cinquante ans d’histoire, une saison exceptionnelle et un quartier tout entier réuni pour célébrer son club. Au Village Olympique, l’USVO a fêté son demi-siècle d’existence dans une ambiance festive et autour de valeurs fortes. Porté par une année sportive historique, le club grenoblois entend poursuivre son développement sans jamais perdre de vue sa mission première : accompagner la jeunesse de son quartier.

Un demi-siècle d’existence pour un club passé par toutes les émotions

Le 4 juillet 2026. Voilà une date inscrite à tout jamais dans l’histoire d’un club qui a vu le jour cinquante ans plus tôt. « La date officielle, c’est 1976 même si, en réalité, le club a été créé en 1969. Mais pendant quelques années, ils ont joué sans être officiellement déclarés. À partir de 1976, ils se sont mis en règle », confie Abou Dieng, le vice-président de l’USVO. Un demi-siècle plus tard, ce club de quartier grenoblois est plus que jamais vivant après avoir traversé bon nombre de tempêtes. Des rires aux larmes, du plus haut niveau régional à une reconstruction totale, les obstacles ont été nombreux. « Je suis passé par toutes les émotions avec ce club. On a longtemps évolué en Honneur (Régional 1, NDLR), mais malheureusement, on est descendus. Le club a connu une grosse chute. Les seniors ont même été mis en sommeil pendant quelques années ». Il a alors fallu attendre l’arrivée d’un enfant du club pour que le réveil sonne et que le cœur de l’USVO retrouve un battement régulier. « Il y a dix ans, un ami d’enfance, Fayçal Ray, avait cette idée de relancer les seniors. Il n’avait comme seule condition que je coache avec lui. Je venais juste de raccrocher les crampons, donc j’ai accepté immédiatement ».

Une décision qui marque le début d’une belle histoire. « Au départ, on voulait juste monter une équipe de copains, une équipe senior pour se faire plaisir et rigoler. Au final, on devait faire une équipe… on en a fait deux, parce qu’on s’est retrouvés avec près de 70 seniors. L’engouement a tout de suite pris ». Si bien qu’il a fallu rapidement se structurer autour d’un projet commun porté par des valeurs fortes. « On s’est rendu compte que le club était un peu laissé à l’abandon. Il y avait des bénévoles qui tenaient la baraque, mais ils galéraient. Il y a cinq ans, Faouzi Ghrairi a repris la présidence et, depuis, on gravit progressivement les échelons », se réjouit Abou Dieng, sourire aux lèvres.En même temps, comment ne pas avoir le sourire après la saison vécue par l’USVO ? « Les seniors montent en R3, l’équipe réserve monte en D4, les U19, U17, U15 masculins et féminins montent également, les U13 accèdent au premier niveau… Franchement, c’est une saison exceptionnelle. On n’en refera peut-être jamais une comme celle-là », conclut le vice-président, fier du travail réalisé. « On savait où on voulait aller et avec qui on voulait y aller. Finalement, ça nous a donné raison. On a cru en nous, on a cru en ces jeunes, en ces bénévoles ».

« C’est un club de foot, mais c’est avant tout un club de quartier »

Avec un bilan sportif aussi flatteur, on pourrait presque en oublier la vocation première du club. Mais en échangeant avec Habib, un jeune éducateur issu du Village Olympique et joueur de la réserve du GF38, celle-ci revient immédiatement sur le devant de la scène. « C’est un club de foot, mais c’est avant tout un club de quartier. On ne cherche pas à se prendre pour un club professionnel. Notre priorité, c’est d’abord de faire grandir humainement les petits. Le football vient après ». Transmettre aux plus jeunes s’est donc imposé comme une évidence pour celui qui entretient un lien fort avec le Village Olympique. « J’ai grandi ici. Toutes les valeurs que j’ai aujourd’hui, je les ai apprises ici. C’est le début de ma vie, en fait. C’est là que tout a commencé, c’est d’où je viens, c’est là où je suis devenu l’homme que je suis ». Alors forcément, l’émotion est palpable au moment d’évoquer cette journée d’anniversaire placée sous le signe du vivre-ensemble. « Aujourd’hui, c’est un moment particulier : on fête les 50 ans du club. L’objectif, c’est avant tout que tout le monde prenne un maximum de plaisir. Que les enfants s’amusent, qu’ils se sentent vraiment intégrés à l’USVO. On est dans un quartier sensible. S’ils n’ont pas le foot, ça peut être compliqué. Ils peuvent prendre de mauvaises directions. Nous, on est là pour leur transmettre des valeurs et leur donner un cadre ».

Un moment festif réunissant tout le Village Olympique

Pour célébrer ce demi-siècle d’existence, l’USVO avait vu les choses en grand : jeux d’arcade, structures gonflables, mur d’escalade, stands culturels… Tout a été pensé pour réunir bien au-delà des 420 licenciés que compte actuellement le club. « Le Village Olympique, c’est une famille. Moi, je suis fier quand je vois des événements comme aujourd’hui. Je vois tous ces petits qui s’amusent, les familles, les mamans, les jeunes, les moins jeunes… Pour moi, on a gagné. C’est ça, la vraie victoire », confie avec émotion Abou Dieng. Même si le football n’était pas la priorité de ce samedi, il n’est jamais bien loin au Village Olympique. « Les autres années, on faisait un tournoi vétérans ou un match de gala. Cette année, je voulais que ce match ait une vraie signification pour les 50 ans du club », souffle le vice-président.

Pour cela, les joueurs ayant évolué au club dans les années 2000 et qui ont marqué son histoire ont rechaussé les crampons le temps d’une soirée. « Des anciens sont revenus d’un peu partout. Il y en a un qui est venu de Cluses, un autre de Paris, un autre encore de Dubaï… C’est exceptionnel. Ça leur permet de se retrouver et, nous, de leur rendre hommage ». Pour certains, une dizaine d’années s’est écoulée depuis leur dernier passage dans le quartier grenoblois. Alors forcément, l’état dans lequel ils retrouvent leur ancien club a bien évolué. « Ils sont fiers. Ils me l’ont tous dit. Ils nous ont tous remerciés pour ce qu’on a fait cette saison, pour avoir porté haut les couleurs du club. La semaine dernière, je discutais avec un des fondateurs qui me disait qu’avec 420 licenciés, on avait fait mieux qu’eux. Forcément, c’est émouvant, mais la réalité, c’est qu’on s’est inspirés d’eux et du travail réalisé quand on était petits ».

« Il faut que les pouvoirs publics se réveillent et donnent davantage de moyens aux clubs de quartier »

Que peut-on désormais souhaiter à l’USVO pour les cinquante prochaines années ? Pour Abou Dieng, la réponse est vite trouvée : « De la prospérité, de la pérennité, et surtout qu’on reste dans ce qu’on sait faire. » Pour mener à bien cette mission, le vice-président en appelle directement aux pouvoirs publics. « On arrive à faire tout ça avec des moyens dérisoires. On est un peu les laissés-pour-compte, mais malgré tout, on arrive à s’en sortir. Alors si demain on donne de vrais moyens à tous ces clubs de quartier, ils exploseraient. Parce que les bénévoles qu’on a et les jeunes qu’on accompagne sont hors normes ».

Vecteurs de lien social, l’USVO, l’US Abbaye, l’AJA Villeneuve, le FC2A ou encore le Mistral FC occupent une place centrale dans la vie de la jeunesse grenobloise. « Tous les jours, Grenoble est pointée du doigt, on parle souvent de violence. Je ne dis pas que le sport réglerait tout, mais il permettrait au moins d’atténuer beaucoup de choses. Tous ces gamins sont livrés à eux-mêmes. Les seuls refuges qu’ils ont dans les quartiers, ce sont les clubs de sport. Et malheureusement, ces clubs sont laissés à l’abandon. Si demain ils disparaissent, qu’est-ce qu’il va se passer ? Les problèmes vont encore s’aggraver », regrette Abou Dieng, qui tient à rappeler l’importance du rôle éducatif joué par ces associations. « On fait 80 % de social et 20 % de football. Et tous les clubs de quartier, c’est pareil. Le foot, finalement, c’est presque secondaire. Nous, on regarde le parcours scolaire de nos jeunes. On leur demande leurs bulletins. Quand ils décrochent un peu, on les reprend. Les parents viennent nous voir quand il y a des difficultés. On essaie d’accompagner tout le monde. On dépasse largement le simple cadre du football. Aujourd’hui, il faut que les pouvoirs publics se réveillent et donnent davantage de moyens aux clubs de quartier ».

Cela permettrait à tous les jeunes qui le souhaitent de prendre une licence, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. « On est obligés de refuser des jeunes parce qu’on manque de moyens et d’infrastructures. Et ça, ce n’est pas normal. Les pouvoirs publics doivent se dire qu’il faut investir. Aujourd’hui, on est laissés à l’abandon ». Alors, avant de souffler sa cinquantième bougie, l’USVO semble avoir déjà choisi son cadeau d’anniversaire : « Tous les clubs de quartier essaient de faire de grandes choses avec très peu de moyens. J’aimerais qu’un jour tous puissent le faire dans de meilleures conditions », conclut Abou Dieng.

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