Anaïs Stephany : le rêve américain, acte 2

Anaïs Stephany : le rêve américain, acte 2

Il y a quelques mois, nous vous présentions Anaïs Stephany, joueuse du GF38 qui s’apprêtait à partir pour les Etats-Unis. La Grenobloise nous en dit aujourd’hui plus sur cette expérience outre-Atlantique, alors qu’elle s’apprête à revenir en France.

Anaïs, peux-tu déjà nous en dire un peu plus sur les bases de cette aventure ?

En août 2019, je suis partie à Raleigh en Caroline du Nord pour réaliser mon projet sport/études aux États Unis. Je joue pour Shaw University, dans un championnat de Division 2 universitaire.

La dernière fois tu nous avais parlé de tes objectifs, ont-il été remplis ?

L’objectif principal était de m’adapter à la vie américaine et il a été rempli. Le premier semestre a été difficile mais je suis aujourd’hui très heureuse de mon nouvel environnement. J’avais aussi pour objectif d’intégrer un club professionnel à la fin de l’année scolaire pour participer un championnat d’été appelé « Summer League » et celui-ci est plus au moins rempli. J’ai en effet été recrutée par deux équipes de la Division 2 du pays, nommée WPSL « Women Professional Soccer League », qui sont Oak City United (en Caroline du Nord) et Orlando Kicks FC (en Floride). Mais, en raison de l’épidémie, la Summer League va être sûrement annulée et je ne suis plus très sûre de pouvoir retourner aux États Unis avant mai.

Comment se passe ta vie là bas, quelles sont les principales différences avec la France ?

Globalement, je suis très heureuse de cette nouvelle vie. Malgré un premier semestre compliqué, je me suis maintenant bien adaptée à la culture américaine.
Ce qui m’a directement affecté en arrivant en août, c’est la langue, la nourriture et le transport. C’est à dire que je parlais très peu anglais ou je n’osais pas m’exprimer au début. J’ai eu donc du mal à communiquer avec le coach, et mes coéquipières. Le supermarché le plus proche de chez moi est à 30minutes à pied ou il faut prendre le bus qui passe seulement toutes les heures. Sans voiture, il est difficile de se déplacer. J’avais l’impression de ne pas être libre de mes mouvements. Et en ce qui concerne la nourriture, j’ai eu du mal à retrouver certains aliments et adopter un régime équilibré.
En ce qui concerne le niveau scolaire, je n’ai pas rencontré de grosses difficultés. Le niveau n’est pas très élevé et les professeurs sont très compréhensifs. Au début, je me suis faite aidée par ma capitaine et d’autres coéquipières. Le système est même plutôt intéressant car nous pouvons choisir nous mêmes les matières et les horaires en fonction de notre filière. Je suis en Business Management, et pour ce deuxième semestre, j’ai choisi d’avoir tous mes cours le matin entre 9h et 12h environ, soit: Maths, English, Communication, Social Work et Foundations of Health.
Au niveau du foot, le système américain est très différent du système français. La saison dure seulement un semestre, le « Fall » (d’août à novembre). Nous avons deux à trois matchs par semaine et très peu de cours car nous nous déplaçons souvent. Nous sommes allés en Caroline du Sud, dans le Tennessee et en Virginie Occidentale et, le plus long trajet a duré 9 heures en bus. Nous logeons ensuite dans des hôtels et nous mangeons souvent fast-food (je sais c’est contradictoire avec l’hygiène de vie du sportif !). Nos matchs sont filmés et commentés et l’hymne américain est chanté avant chaque match. Nous nous entraînons très peu entre les matchs car le coach privilégie les séances de récupération. Nous partageons donc une salle de kinésithérapie avec les autres sportifs de l’université, et nous utilisons souvent les bains d’eau très froide.
Le second semestre, le « Spring » est donc consacré à la préparation. Nous faisons beaucoup de musculation (2 à 3 fois par semaine) et très peu de séances d’entraînement (seulement 2 par semaine, de 6h30 à 8h du matin).
Grâce à ce système sport/études, j’ai pu ajouter l’athlétisme à mon emploi du temps durant le Spring. C’est un bon moyen pour moi de m’entraîner plus sur le plan physique car je peux assister à 2-3 entraînements supplémentaires. C’est aussi très enrichissant mentalement de pratiquer un sport individuel. Je me préparais pour l’épreuve du 5000 mètres mais, à cause de l’épidémie, la saison d’athlétisme et la préparation avec l’équipe de football ont été suspendues. Le préparateur physique nous a envoyé un programme d’entretien en attendant.
Socialement, je me sens aujourd’hui très à l’aise dans l’équipe. Mes coéquipières sont presque toutes des internationales. Beaucoup de nationalités sont représentées : Allemagne, Angleterre, Espagne. Brésil, Caraïbes et Mexique. Nous sommes très soudées car nous nous aidons beaucoup entre nous. J’ai hâte de les revoir toutes pour le Fall 2020.
Enfin, la ville de Raleigh est très attractive. Mon université est très proche du centre-ville alors c’est idéal pour les restaurants, les magasins, et les bars !

Avec l’épidémie actuelle, tu es toujours sur place ? Quel impact sur la vie jusqu’à présent ?

Actuellement je suis dans l’avion ou à l’aéroport. J’ai finalement décidé, avec l’aide de ma famille, de rentrer en France. La situation aux États Unis commence à s’empirer. Le gouvernement américain ne contrôle pas l’épidémie et je serai plus en sécurité en France. Mon choix a été très difficile car je pense beaucoup à mon projet sportif et en quittant les États Unis, j’ai l’impression d’abandonner et de rentrer sans avoir accompli mes objectifs. Je quitte aussi mes amis, mon équipe, ma nouvelle vie… et j’ai du mal à l’accepter pour l’instant.
Avant de prendre l’avion, j’étais plus ou moins confinée depuis 2 semaines. C’est à dire que je restais la plupart de mon temps dans mon appartement pour travailler mes cours en ligne et je sortais 2 à 3 heures dehors pour m’entraîner seule ou avec 2-3 amis et faire mes courses.

Comment vois-tu la suite ?

J’espère revenir très vite aux Etats-Unis. Mon aventure continue ! J’aimerais être diplômée là bas en 2023 donc encore 3 ans minimum. J’espère aussi continuer de progresser sportivement. Mon objectif est maintenant de me faire transférer dans une université de Division 1 après 2 ans à Shaw University.

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