[Portrait] La bonne étoile de Souleymane Cissé

[Portrait] La bonne étoile de Souleymane Cissé

« Qui es-tu Souleymane Cissé ? » C’est avec cette question que nous avons démarré notre entretien avec le milieu de terrain grenoblois, surprenant lors de ses apparitions en Ligue 2 depuis le début de la saison. Un terme « surprenant » peut être pas le plus adapté, en fin de compte, au regard de sa carrière. Le Sénégalais de 29 ans, inconnu du public du GF38, s’est en effet illustré, de Pikine au Soudan, avant d’arriver dans les Alpes. Un parcours parfois sinueux, mais « Souley » n’a jamais douté de lui, porté par ses convictions et son abnégation. Et, aujourd’hui, il n’est plus très loin de s’en voir récompenser. Portrait.

Les premiers chapitres de l’histoire du joueur de Grenoble n’ont rien d’exceptionnel pour un enfant sénégalais. Le natif de Sedhiou, une ville du sud du Sénégal commence « dans les rues, comme tout jeune Africain. J’ai grandi dans une famille où tout le monde aimait le foot. Je jouais pied nu sur la plage, tout ça », se souvient Souleymane. « C’est vers l’âge de 12-13 ans que j’ai commencé à jouer à l’école de football de Pikine, là où j’ai grandi. ».

Cissé y fait toutes ses gammes, jusqu’à ses premiers pas en seniors. Les talents sont nombreux à être passé au sein de cette académie réputée. Son parcours s’accompagne de sélections dans les différentes équipes nationales jeunes du Sénégal.

Mais comme tout jeune talent sénégalais, le joueur ne s’attarde pas dans son pays. La destination est en revanche plus surprenante, Al-Hilal Omdurman, le club le plus prestigieux du Soudan. « Je n’avais presque plus rien à prouver au Sénégal où j’avais été nominé plusieurs fois parmi les meilleurs joueurs à mon poste (il peut évoluer latéral droit, défenseur axial ou milieu même si « mes coachs m’ont dit que mon poste le plus naturel était au milieu », ndlr). J’ai été sollicité par d’autres équipes à l’étranger mais les discussions n’aboutissaient jamais. Al-Hilal m’a suivi presque une année mais comme je ne connaissais pas le football au Soudan je ne voulais pas trop me lancer dans cette aventure. Mais à un moment il a fallu que je prenne un risque. J’étais un soutien de famille, beaucoup de personnes comptaient sur moi et j’avais besoin d’une nouvelle expérience pour poursuivre ma progression. »

« J’ai pu grandir au Soudan »

Le choix s’avère payant. Au Soudan, Souley se consacre à 100% au football et cumule les titres. « Et je ne pensais pas que le niveau serait aussi élevé. J’y ai côtoyé de très bons joueurs, des entraîneurs étrangers qui connaissaient le foot, participer à la ligue des champions. Honnêtement tout était nickel cela m’a permis de découvrir autre chose et de progresser. J’ai pu « grandir » à tous les niveaux grâce à ces années passées là-bas. »

Il y reste en tout 4 ans et demi, d’abord à Al-Hilal Omdurman (2014-2017) puis à Al-Hilal Obied. (2017-2018). Le contexte local plus « dangereux », Cissé met fin prématurément à son contrat pour rentrer au Sénégal. « Je suis retourné à Pikine pendant quelques mois pour ne pas rester trop longtemps sans jouer et pour apporter un peu mon expérience sur place – je peux vous dire qu’il y a beaucoup de talents et j’ai d’ailleurs deux petits frères de 17 et 14 ans qui vont aller encore plus loin que moi ! J’ai ensuite rejoint la Suisse où jouait alors mon cousin Moussa (Djitté, à Sion, ndlr) et où se trouvait un de mes agents. »

S’il ne joue pas en Suisse, c’est de là, et via son cousin, que va se faire la transition vers le GF38 quelques mois plus tard. « Quand je suis arrivé à Grenoble ce n’était pas pour jouer. J’étais juste venu rendre visite quelques jours à Moussa. Comme je continuais de me maintenir en forme Adama (Diacko, joueur de la réserve grenobloise) a demandé à Hakim (Aibeche, l’entraîneur de la réserve) s’il était possible que je m’entraîne avec eux une ou deux fois. Après ces entraînements Hakim m’a proposé de rejoindre l’équipe. J’en ai discuté avec Moussa et avec mon agent et finalement j’ai opté pour cette solution qui me permettait de jouer, de profiter d’une salle de gym, des structures. »

Révélation du début de saison

Souleymane joue son premier match avec le GF38 B début janvier. Soit seulement quelques semaines avant l’arrêt des championnats à cause du Coronavirus. Et il manque en plus quelques matchs à cause d’une petite blessure. « Mais je pense que j’ai eu le temps de montrer quelques choses qui m’ont permis de rester. »

Car si Cissé reste à l’affût d’éventuelles propositions, c’est bien à Grenoble qu’il va entamer la nouvelle saison. « J’ai cherché d’autres destinations mais par rapport à mon âge c’est plus compliqué quand ils ne te connaissent pas. Dieu a finalement décidé que je reste ici et je suis content. Je n’ai jamais douté. Je suis bien entouré. Ma famille me soutient, mes amis me soutiennent. Et même si des fois j’avais envie de baisser les bras ils étaient là. »

Avec 3 autres joueurs du groupe « élite post-formation » Souley intègre la préparation du groupe pro. Il participe aussi à plusieurs rencontres de préparation. Si aligné au poste de latéral droit il est en difficulté, sa mi-temps face au Nîmes Olympique sur un poste où il est plus à l’aise est excellente. Il délivre même une passe décisive à cette occasion. Mais la concurrence est importante au GF38 et on ne s’imagine pas qu’on verra, rapidement en tout cas, sur les pelouses de Ligue 2. « Même pour moi cela c’est passé un peu vite (rires). Avec les Covid, les blessures… Je pensais que je pouvais apporter quelque chose à l’équipe cette année mais pas si tôt. Tant mieux. »

Le milieu joue en effet à Guingamp puis face à Valenciennes. Contre les Nordistes, il est un des meilleurs joueurs du match. Et si avec le retour des absents il n’a plus joué, il s’est imposé aux yeux de son entraîneur comme une solution très crédible pour la suite de la saison. « Cela me fait plaisir parce que je suis bien à Grenoble. Même si le climat est peut être un peu froid (rires). J’ai trouvé ici une vraie famille. Avec Moussa bien sûr, et les autres joueurs sénégalais mais c’est ce que je ressens avec tout le groupe. Je me sens très bien entouré, Yoric (Ravet) m’aide beaucoup par exemple. Ils peuvent m’apporter et de mon côté je suis à l’écoute, je continue d’apprendre tous les jours auprès des coachs. »

A 29 ans, Souleymane Cissé estime avoir encore de belles années devant lui. Et ses objectifs ont le mérite d’être ambitieux. «  Je connais mes capacités, à moi de les démontrer, je sais que je peux encore mieux faire. Mon objectif personnel c’est d’essayer de retrouver mon statut professionnel. Ensuite avec l’équipe j’espère jouer les premiers rôles. Qu’on le dise ou pas quand on est joueurs on pense forcément à la Ligue 1 et cela me ferait vraiment plaisir de pouvoir dire que j’ai fait partie de l’équipe qui a permis au club de remonter en Ligue 1. Et d’ici la fin de ma carrière mon but est de jouer en Ligue 1 et pourquoi pas un jour la sélection national. Je sais que ce sont des très gros objectifs. Je mets simplement ça dans une partie de ma tête, je sais ce qui compte en premier c’est le travail quotidien en club. Le reste suivra. »

On ne peut pas vraiment parler de rattraper le temps perdu pour Souleymane Cissé. Le Sénégalais a su se nourrir de toutes ses expériences et à 29 ans il montre encore beaucoup de fraîcheur. Si la concurrence au GF38 est (très) relevée, elle ne pourra que pousser le milieu de terrain à poursuivre son travail et devenir encore meilleur. Et ainsi à réussir à « redevenir professionnel ». Contractuellement parlant. Au niveau du comportement, Souley n’a jamais cessé de l’être.

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