Plongé dans une spirale délicate après trois revers consécutifs et un glissement progressif vers la zone rouge, le Grenoble Foot 38 traverse un premier temps fort de turbulences cette saison en Ligue 2. Pourtant, à l’aube de la réception de Dijon, Olivier Frapolli affiche une sérénité inébranlable. Lucide et travailleur l’entraîneur dauphinois demeure, le capitaine idoine pour redresser la barre et maintenir le cap que le club s’est fixé.
Alors que cette semaine est marquée par quelques rumeurs concernant l’avenir incertain d’entraîneurs de Ligue 2, il n’est pas illégitime de se poser la question pour le GF38. La dynamique, depuis le retour de la trêve internationale, est inquiétante. La dernière sortie au Stade des Alpes contre Boulogne inacceptable.
Difficile pourtant aujourd’hui pourtant de pointer la responsabilité de l’entraîneur dans cette situation. Dans un monde du football professionnel en mode kleenex, on a même plutôt envie de prôner la patience, confiant dans la capacité de l’ancien du Stade Lavallois a amélioré la chose, dans la limite des moyens qu’il a à sa disposition.
Expérience et sérénité
Quand la tempête commence à souffler sur un club en manque de victoires, les techniciens se réfugient souvent derrière la langue de bois ou s’agacent des critiques. Rien de tel avec Olivier Frapolli. Interrogé sur sa propre exposition et la fragilité de sa position après cette mauvaise série lors de la conférence d’avant-match, il a opposé la force de l’expérience au doute ambiant.
Fort de deux décennies passées sur les bancs de touche, le technicien grenoblois a balayé d’un revers de main les interrogations personnelles. « Je ne me pose pas ces questions-là. Avec l’expérience, j’ai appris à placer mon énergie où il faut. Mon énergie est dans la préparation du match de Dijon, elle n’est pas sur mon sort. Mon sort n’est pas important ; ce qui compte, c’est que l’équipe soit performante et prenne des points. »
Un discours ferme, loin de la panique, conforté par des échanges quotidiens sereins avec sa direction. Pas de fracture en interne, donc : le groupe vit bien, discute, et l’autorité du coach reste pleinement légitimée par un travail de fond quotidien. Quand on interroge quelques cadres du vestiaire en off, la position est identique. Mieux, la sérénité transpirée par Frapolli est communicative. On (nous, eux) a envie d’y croire. Cela n’assure pas de la réalisation. Mais cette capacité à rassurer, à fédérer par le discours, est indéniablement un point fort du coach grenoblois.
Un pragmatisme tactique : bouger les lignes sans s’égarer
Face à l’inefficacité offensive et au manque de percussion sur les côtés, Frapolli l’a prouvé : il n’est pas prisonnier de ses schémas. En testant récemment, lors du match à Pau une animation tactique inédite à trois défenseurs avec des pistons, le technicien a cherché à réveiller ses troupes et à amener plus de présence dans la surface adverse, notamment pour alimenter ses attaquants.
Une remise en question assumée, menée sans langue de bois. « Un changement d’organisation, ça réveille tout le monde, ça remet de la concentration. (…) Mais mon objectif est de trouver la meilleure animation pour que l’équipe soit performante. Je ne suis pas enfermé dans un schéma, même si l’expérience m’a appris qu’il ne faut pas partir dans tous les sens pour ne pas perdre le fil. »
Ni dogmatique ni tétanisé par l’échec, le stratège isérois analyse froidement ce qui fonctionne (une première période séduisante dans cette organisation) et ce qu’il faut corriger, illustrant une capacité d’adaptation indispensable dans la tempête et une volonté de chercher des solutions, en s’adaptant aux forces et faiblesses du moment. Tirer le meilleur de ce qu’il a sous la main en résumé. Un processus qui demande du temps, en cela aussi il faut savoir être patient pour qu’il cuisine la recette la plus digeste possible avec ses ingrédients à disposition.
Un message fort aux supporters : « On est dans le même bateau »
Si le technicien isérois n’élude en rien de la situation comptable, il a également tenu à adresser un message empreint de vérité au peuple grenoblois, particulièrement touché par la prestation ratée contre Boulogne. Frapolli comprend la frustration des tribunes, mais refuse catégoriquement l’idée d’une scission. « Je les comprends évidemment, mais il faut qu’ils soient avec nous, on a besoin d’eux », a déclaré l’entraîneur, avant de rappeler l’importance cruciale de l’union sacrée en période de vaches maigres. « Le match de Boulogne a fait du mal parce qu’on a été défaillants, mais on est dans le même bateau. Il ne faut surtout pas qu’il y ait de scissions ou de divisions. On a conscience qu’on doit faire mieux, et on fera tout pour qu’ils soient fiers de nous. »
L’évidence Frapolli
À l’heure de replacer le GF38 sur de bons rails face à des Dijonnais ambitieux, le club isérois a besoin de certitudes. Dans le football moderne, la tentation est grande de tout balayer au moindre trou d’air. Grenoble l’a souvent démontré ces dernières saisons.
Par sa gestion froide mais lucide des crises, sa capacité à chercher des solutions tactiques sans s’enfermer dans des dogmes, et son aptitude à fédérer plutôt qu’à diviser, Olivier Frapolli prouve qu’il possède la carrure idéale en ces temps de crise. Face au doute, la meilleure réponse reste le travail. Et sur ce terrain-là, le capitaine du navire isérois tient fermement le gouvernail.


