Après vingt années passées à façonner, avec réussite, les jeunes talents du Montpellier HSC, Frédéric Garny (52 ans) a posé ses valises à Grenoble cet été pour prendre les rênes de l’équipe réserve (R1) du GF38 et structurer la post-formation du club isérois. Portrait d’un bâtisseur qui n’a pas peur des feuilles blanches, animé par la passion du terrain et sa vision sans concession du football moderne.

C’est un nom qui résonne dans le milieu de la formation française. Pendant deux décennies, Frédéric Garny a tout connu, et surtout des beaux succès, avec le Montpellier Hérault SC, façonnant des générations de joueurs jusqu’à la réserve professionnelle. Ce fut donc une (très bonne) surprise quand, cet été, c’est sous les couleurs du GF38 qu’il a décidé d’écrire un nouveau chapitre de sa carrière. Un choix osé et ambitieux.

Frédéric Garny :  « Sortir de ma zone de confort »

La fin de l’aventure héraultaise s’est jouée sur une ambition légitime. Après le départ à la retraite du directeur du centre de formation  du MHSC, Frédéric Garny a naturellement proposé sa candidature. « J’avais un projet qui me tenait à cœur et que j’ai proposé à Laurent Nicollin. », confie-t-il. La direction fait finalement un autre choix. Un déclic pour le technicien. « Je me suis posé beaucoup de questions, sur ce que j’avais fait, sur ce que je souhaitais encore accomplir et j’ai dit à Laurent que je préférais arrêter là et sortir de ma zone de confort. »

La fin d’une longue aventure sans rancœur. L’homme est droit et reconnaissant. « C’était une déception plus sportive que morale. Aujourd’hui, la famille Nicollin, je leur dois tout. En tant que joueur, en tant que formateur, donc je ne suis pas parti avec des mauvais sentiments. Loin de là. »

Alors qu’il s’imaginait prendre un peu de repos, le téléphone n’a pas tardé à sonner. « Quand je l’ai annoncé, j’avais plein de numéros inconnus le matin et c’est là que je me suis dit : « Ben si, quand même, mon travail a été reconnu dans la formation » », sourit-il. C’est finalement le discours de Max Marty (Directeur Général) et d’Olivier Frapolli (entraîneur de l’équipe première) qui fait la différence…. Sans oublier l’impulsion décisive de son épouse ! « Elle me dit « au bout de deux mois tu vas tourner en rond, tu vas casser les c… à tout le monde, donc vas-y  », s’amuse l’entraîneur.

Bâtir à partir d’une « feuille blanche »

À Grenoble, Frédéric Garny découvre un club en pleine structuration, loin du confort des installations héraultaises actuelles. Mais l’homme a de la mémoire. « Il ne faut pas que je compare avec Montpellier. […] D’ailleurs, quand j’ai commencé à Montpellier il y a 18 ans, on n’avait rien. […] On avait un terrain rouge en terre battue, on avait des vestiaires préfabriqués, parfois il y avait des rats qui passaient ou qui sortaient du casier, qui avaient bouffé la tablette de chocolat. »

Cette expérience de la construction, de la genèse d’un grand centre de formation, c’est exactement ce qu’il vient apporter dans la capitale des Alpes. « J’ai commencé comme ça. […] Moi, j’ai un but, je suis venu ici en mission. Je veux que le jour où ça s’arrête, qu’on reconnaisse que le club a évolué, qu’il y a eu des choses qui ont été faites et plutôt bien faites. »

La post-formation : un discours de vérité face à la « Génération Z »

Sa mission première, plus qu’une éventuelle montée : assurer la passerelle entre les jeunes talents et l’équipe d’Olivier Frapolli. Un rôle crucial à l’heure où les jeunes joueurs veulent souvent aller plus vite que la musique. « On a un nouveau public devant nous, c’est la génération Z. Ils veulent tout, tout de suite, parce que quand vous voulez aujourd’hui quelque chose, vous prenez le téléphone et au bout de 5 minutes, vous l’avez. Ils veulent être professionnels avant d’avoir prouvé. »

Pour les joueurs de la réserve grenobloise, ou ceux redescendant du groupe pro, le message est clair : la présence de Frédéric Garny est une opportunité en or. « Ces garçons, ils ont plus de choses à prouver à nous que nous qu’on doit prouver à eux. […] Ils doivent comprendre qu’il y a beaucoup de joueurs sur le marché, beaucoup de joueurs sur le carreau, et que c’est plus une chance d’être avec nous aujourd’hui pour passer le tremplin de la Ligue 2 que de rester en National 2. »

Le technicien met également en garde contre les dérives de l’entourage des jeunes joueurs, véritable fléau du football moderne. « Aujourd’hui la problématique, ce n’est pas le joueur, c’est l’entourage. […] Ayez votre projet personnel parce qu’il y aura tellement de gens autour de vous… Vous êtes juste un ticket de loto pour eux. Un bon joueur n’a besoin de personne. »

L’objectif : nourrir l’équipe première avant la montée

Si l’équipe réserve évolue cette saison en Régional 1, la refonte brutale des championnats nationaux fait que le niveau reste intéressant aujourd’hui (« Si vous calculez bien, ça fait 140 joueurs sur le carreau », rappelle-t-il). Frédéric Garny ne fait donc pas de la montée une obsession aveugle.

« On est d’abord dans le développement du joueur. Si on développe bien le joueur, l’équipe sera bonne et on prendra des points. » Son pragmatisme prime : « Si on monte, c’est pour faire quoi ? Il faut budgétiser, il faut aussi voir les joueurs… Aujourd’hui, ce qui est important, c’est le développement du joueur. La formation, c’est de nourrir l’équipe d’Olivier Frapolli. Si on sort 2 ou 3 joueurs en fin de saison qui puissent commencer à intégrer l’équipe professionnelle, sur une première année, ça serait extraordinaire. »

L’exemple récent du jeune milieu Kyllian Fofana, apparu en Ligue 2 en ce début de saison, valide déjà cette philosophie. Mais là encore, Garny reste mesuré, en bon formateur. « C’est une réussite […] mais il a beaucoup de manques sur certaines choses pour passer les paliers. C’est un jeune garçon (2006). À lui de continuer comme ça et à nous de lui donner surtout ce morceau qui manque pour être encore le plus grand joueur qu’on attend. »

Les deux premières journées de R1 ont aussi apporté leur lot de satisfaction avec un contenu excellent, des jeunes (et pas forcément uniquement les estampillés « Pro 2 ») qui affichent de belles promesses et des résultats déjà cohérents (4 points en deux matchs)

Avec Frédéric Garny, le GF38 a trouvé bien plus qu’un entraîneur pour sa réserve. Le club isérois s’est attaché les services d’un artisan exigeant, prêt à construire les fondations de demain, brique par brique. Toujours avec la passion du terrain. Ce « plaisir » qui nourrit son quotidien et qu’il transmet jour après jour à ses joueurs. Et si elle était là la meilleure recrue estivale du club grenoblois ?

L’œil de Clément Vidal

Frédéric Garny a connu de nombreux succès au MHSC et en a même partagé notamment un avec un joueur de l’effectif Ligue 2 actuel, Clément Vidal. Le défenseur nous a livré son regard sur l’arrivée de son ancien entraîneur. « C’était mon formateur, c’est avec lui que j’ai passé mes plus belles années en jeunes. C’est un très bon coach, un très bon formateur qui fait vraiment progresser les joueurs et en plus de ça c’est un coach avec énormément de résultats. Il a un CV qui parle pour lui et je le vois pleinement dans ce projet « Pro 2 ». Je pense qu’il va faire de très belles choses à Grenoble. C’est vraiment l’homme de la situation. »

Crédit photos : GF38

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