Hors crise sanitaire et matchs délocalisés, le GF38 vient de réaliser sa pire affluence à domicile depuis son retour en Ligue 2, en 2019, vendredi dernier à l’occasion de la venue du Stade Lavallois avec 2802 spectateurs officiels. Un triste « record » qui symbolise le détachement progressif de fidèles qui avaient pourtant résisté à un dépôt de bilan et aux affres des championnats amateurs. Nous avons recueillis quelques témoignages pour chercher à comprendre les raisons de ce désamour grandissant.

Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’amplifie, sans que le club ne semble en prendre la juste mesure. Le Stade des Alpes se vide, l’intérêt global autour du club phare isérois diminue mois après mois, saison après saison.

Les préoccupations des dirigeants alpins semblent aujourd’hui davantage se tourner vers la baisse des droits TV, à l’impact financier sûrement plus conséquent. Mais en oubliant qu’un club professionnel, son entraîneur, ses joueurs, n’existent fondamentalement que par ses supporters, que ce soit d’un point de vue philosophique ou plus pragmatiquement financier, quand ces derniers sont envisagés comme des consommateurs.

Premier point important à rappeler : il est évident que le niveau, l’adversaire joue mécaniquement sur l’affluence et sur l’intérêt, à Grenoble comme ailleurs. Mais ce n’est pas cette catégorie là du public qui est concernée dans notre constat de « désamour ». Nos « témoins » sont des supporters de longue date, qu’un match contre Chambly dans ce qu’on appelait alors le CFA ne rebutait pas, qui ont toujours accompagné le club dans ses réussites comme dans ses échecs mais qui semblent aujourd’hui usés, détachés.

Une identification de plus en plus compliquée

Pourquoi ? Les réponses recueillies indiquent, sans surprise, que les raisons sont multiples. Certaines reviennent plus que d’autres. A commencer par la question de l’identification au club, à l’équipe. Un sacré paradoxe alors que le mot « territoire » revient régulièrement dans le discours des dirigeants du GF38.

« Qu’on commence déjà à parler aux Grenoblois et pas aux gens des Alpes », relève par exemple Marco. « Au lieu de tourner nos vidéos en Suisse, on devrait faire la présentation des joueurs, du maillot à chaque fois dans un club de l’agglomération. Il faut recréer du lien, de l’appropriation  avec ceux qui déjà aiment le foot. »

Un avis partagé par Céline qui évoque elle la phase de préparation qui n’a pas permis de « connecter » avec le public. « Avec aucun match amical dans l’agglomération, c’est compliqué de suivre l’équipe à une période où on peut pourtant faire connaissance avec les nouveaux joueurs, où c’est aussi l’occasion de parler avec des gens du club ou les autres supporters. D’une période qui devrait faire naître l’attachement et donner encore plus envie de soutenir cette équipe, on est passé à un moment qui favorise le détachement , avec un sentiment d’éloignement. »

Un lien, une identification, qui ne se créent plus non plus du fait du manque de joueurs du cru, un argument qui est revenu très souvent. Un dirigeant d’un club de l’agglomération nous expliquait cet été avoir fait le déplacement jusqu’à Saint-Marcellin juste pour voir un de ses anciens jeunes joueurs disputer le match de l’équipe 2 face au Puy. Aujourd’hui cette fierté de voir un des siens défendre le maillot du club phare de l’agglo’ au plus haut niveau est absente. « Il manque une vraie identité grenobloise à cette équipe » confirme Dalouls. « Ca manque de joueurs grenoblois » pour Romain. « Les jeunes joueurs du bassin grenoblois vont signer dans les clubs professionnels ailleurs », regrette Vin. « Tous les clubs de France ou de Navarre recherchent principalement dans leurs viviers. Le GF38 recherche à l’extérieur. »

« Les joueurs issus de Grenoble ne sont pas pris en considération » pour You Win. « Quel est l’intérêt de venir au stade pour des gens qui pourraient s’identifier à travers des joueurs ayant une attache familiale ou d’entourage ? C’est aussi pour ça que des Grenoblois boudent le stade alors qu’à l’époque Lesdiguières on pouvait crier son amour à des joueurs qui défendaient aussi leur ville. »

Une image qui colle à la peau du Grenoble Foot 38 depuis de longues années mais qui se renforce au fil du temps.  La gestion récente des cas Bengriba, Ravet, Perez ou encore Michel, dont les histoires se sont mal finies pour différentes raisons, n’aide pas non plus à éteindre ce ressenti.

Une équipe de moins en moins représentative des valeurs grenobloises

Mais « ne pas être Grenoblois » n’est pas forcément une fin en soi aux yeux du fidèle. Ce dernier attend avant tout des joueurs qu’ils montrent un certain état d’esprit, un attachement à des valeurs qui dépassent le simple constat du résultat sportif. Des Sotoca,Pickel, Nestor… ont su se faire adopter par le public. Aussi parce qu’ils se sont inscrits sur la durée dans le projet.

« Le pire pour moi, c’est qu’on n’arrive même plus à espérer s’identifier à un joueur, un mec qu’on révèle ou qu’on a formé et qui va nous faire progresser. S’il performe, il sera vendu dans l’année. », constate Stéphane.

« J’ai arrêté de prendre mon abonnement au stade en 2021 alors que j’étais abonné depuis 1999. Tout simplement parce que je ne me reconnais plus dans ce club, dans ces équipes qui changent beaucoup trop chaque année. », explique de son côté Aurélien. « Nos joueurs manquent d’ailleurs eux aussi d’identification au club comme ils savent qu’ils ne sont là que pour un court passage », relève de son côté Thomas.

Une identification rendue plus difficile par ce que nos supporters ont souvent qualifié de « manque de caractère ». Cette grinta qui plait tant au public du Stade des Alpes. « Les joueurs, je les trouve parfois sans âme », explique Pierrick. « Qu’ils gagnent ou perdent j’ai l’impression que les visages sont toujours les mêmes, assez peu de révolte. »

Une absence de projet sportif clairement défini

Parmi les autres critères d’usure, ouvrons le chapitre « résultats ». Avec une nuance à déjà apporter. Ce ne sont pas tant les résultats en eux-mêmes que la manière d’une part et surtout cette impression de stagnation d’autre part, quand ce n’est pas de la régression. « Les saisons passent et rien ne se passe », résume Jérôme, partenaire du club depuis 2011 et décidé à prendre du recul cette année. « On ne comprend pas le projet, je ne veux même pas parler d’ambition ou des joueurs qu’on recrute mais je ne sais pas où le club veut aller – et s’il le sait d’ailleurs lui-même. »

Un sentiment partagé par Yanis. « Les dirigeants ne semblent pas avoir d’ambitions réelles. Quand j’entends que nous sommes un club de milieu de tableau de Ligue 2, cela n’a rien à avoir avec le slogan Ensemble Gagnons Les Sommets. »

Cams, qui précise qu’il ira toujours au stade, convient que « l’image du club ne fait pas rêver, au-delà même du côté sportif. On a tous signé pour un retour et un club stabilisé en L2, on sait d’où l’on vient mais autant la politique RH en interne qu’en externe dégoute aujourd’hui et rejaillit sur le sportif, avec la valse des coachs par exemple. »

Pour Thomas, « le GF38 ne raconte plus d’histoire. C’est comme un mort-vivant maintenu en vie avec le service minimum mais sans aucune ambition ni aucun fond de jeu propre. Je suis frustré de voir le club stagner ainsi, sportivement, structurellement avec cette impression qu’on va être comme ça éternellement. ». Hard ne demande « qu’à s’enflammer. A défaut de plan de jeu séduisant on a besoin de joueurs qui font lever le cul des chaises, ça aurait pu être Bamba ou Sbaï mais pour les deux il y a un sentiment d’inachevé. Pareil pour les coachs qui ne s’installent pas, pareil pour le centre qui ne sort pas de terre. C’est trois pas en avant trois pas en arrière. C’est fatiguant de commencer une saison en se disant qu’on finira ventre mou. Si entre juin et août on ne peut même pas s’enflammer qu’est-ce qu’il nous reste ? »

Pour Julien, ce sentiment de stagnation a aussi usé sa passion. « Le GF38 est mon club de cœur depuis tout petit mais je ne vais désormais quasiment plus au stade. Le club n’avance pas. J’aimerais sincèrement voir autre chose qu’une « survie » chaque saison. » « Le club ne nous promet plus rien » désespère de son côté Yo. « Pas d’ambition, pas de jeu. ». Le manque d’ambition des dirigeants mais aussi de « grinta » sur le terrain sont aussi des éléments pointés par Romain et Kévin qui les ont éloignés du stade.

Pierrick éprouve également un plaisir « qui va decrescendo depuis le départ de Philippe Hinschberger, malgré des saisons avec du bon matos. ». Un constat beaucoup partagé et ce n’est pas le début de saison qui rassure le public alpin. « Avec la prestation de vendredi, je suis juste dépité », explique Clément. « Aucun joueur frisson, aucune ambition dans le jeu et surtout un déchet technique affolant pour des professionnels. Ce n’est que le début, on va être indulgent, mais ça commence à être lassant… ». Florent résume son ressenti d’un laconique « la direction sportive prise par le club est sûrement salutaire au niveau financier mais putain qu’est-ce qu’on se fait chier ! » alors que les « affaires » (Ravet, Hognon) et l’ambiance générale autour du club l’ont également éloigné alors qu’il manque un entraîneur fédérateur depuis le départ D’Hinschberger.

Face à cette immobilisme, Da, ancien spectateur fidèle qui ne va plus du tout au stade, aimerait voir les dirigeants aller « chercher des partenaires qui mettent de l’argent. A un moment, sans challenge on ne fait rien. »

Des dirigeants aussi pointés par Romain, qui ne prendra pas son abonnement pour la première fois en 28 ans et qui estime qu’[ils sont] « entrain de dégoûter tout le monde, même vos plus fidèles supporters dont je fais partie depuis des dizaines d’années […] avec aucune stratégie sportive, aucune envie de pérenniser le club à long terme. » Et de conclure son témoignage par une demande sans équivoque. « Direction barrez-vous et laissez le GF38 dans des mains plus saines, plus ambitieuses et avec une véritable stratégie long terme à tous les étages. » Ca pique !

Une expérience « stade » peu appréciée

Si certains regrettent une trop grande « politisation de la Tribune Ouest »  ou « la disparition de la mentalité ultra », l’ambiance du kop revient assez régulièrement dans les rares points positifs que vous avez relevés. Pour Krav, la problématique vient aussi « d’un stade trop grand » pour le GF38 en Ligue 2.

Mais globalement, l’expérience « stade » est de moins en moins appréciée à l’image de Benjamin qui a aussi « de plus en plus de mal à convaincre des amis à venir au stade » – ce qui est un point extrêmement intéressant du point de vue séduction d’un nouveau public, mais c’est un autre sujet. « Il n’y a plus d’effort du club pour attirer les gens, il n’y a plus de show. Avant il y avait des pom-pom girls, des distributions de t-shirts, des drapeaux… Il manque tout simplement du spectacle pour justifier du prix des places. Et ne parlons pas de la buvette où c’est du grand n’importe quoi au niveau des prix par rapport à la qualité vendue. C’est vraiment prendre les supporters pour des pigeons. En résumé rien qui ne donne envie de venir au stade avec des amis pour passer un bon moment. »

Pour Hard, « la place à 15€ en Ligue 2, c’est non ! Lors d’une opé contre Metz, à 10 balles la place j’avais ramené un pote. Les tarifs c’est important. ». Le coût de l’expérience pour le spectacle proposé est également un frein pour Cédric. « Entre le prix de la place, une boisson et un casse-croûte, j’ en ai pour 30 ou 40 euros. Si c’est pour m’emmerder pendant 2 heures, je préfère faire plaisir à mes petites filles avec cette somme. Maintenant je regarde simplement le résultat du match sur la presse et parfois même pas le jour même ! »

Notons aussi que vous êtes quelques-uns à avoir relevé l’horaire et le jour du match dans les aspects qui vous ont éloigné du stade, notamment quand vous ven(i)ez de loin.

En résumé :

Le manque de lien et de temps communs avec le club, l’identification insuffisante au sein de l’équipe, un spectacle loin des attentes et une expérience « stade », tarif en tête, guère séduisante, sont autant d’éléments qui éloignent de nombreux supporters grenoblois du GF38. Une tendance au désamour qui s’accentue chez un public pourtant extrêmement fidèle et alors que le club ne parvient pas davantage à séduire un nouveau public. Le stade se vide, l’engouement autour du GF38 diminue et le seul critère « résultat » n’est aujourd’hui pas suffisant pour expliquer cela. Aux yeux de nombreux supporters, le GF38 stagne voir régresse dans de nombreux domaines, s’éloigne de sa base et surtout ne fait rien pour inverser la tendance. Alors que les perspectives purement sportives ne sont pas forcément reluisantes, il lui faudra vite prendre conscience de ces sujets . Un public n’est pas acquis, il se gagne.

7 Commentaires

  1. Je me souviens, lorsque l’OL n’était pas encore l’équipe qu’elle a été, la direction du club et son service commercial invitaient des clubs, environ 50 personnes soit 1car de tourisme, à venir gratuitement voir 1 match à Gerland. Nous avions droit à des coliquots pour nos jeunes, une réception personnalisée et quelques souvenirs. C’était sympathique et cela rajoutait des spectateurs dans les tribunes. Il suffisait de s’inscrire au service commercial du club pour en bénéficier. Des idées comme celle là il y en a mais comme le dit si bien l’article il lui faut une base saine qui n’est pas présente aujourd’hui.

  2. Plus envie d’aller au stade cette équipe ne me fait plus rêver il faut changer la direction il faut changer la personne qui recrute des joueurs c’est un bon à rien

  3. BEL ARTICLE, des avis différents mais cohérents ! En gros on se fait chier !!!!
    Le centre d’entrainement de la Côte St André s’il voit le jour, verra encore plus d’éloignement !!!
    MARTY, tu as tout faux et depuis déjà pas mal d’années. Si ROSNOBLET l’une des plus grandes fortunes françaises, n’est pas capable de faire mieux avec son chéquier, qu’il retourne à Annecy ou ailleurs……

  4. Et bien, quand on voit des matchs comme ce week-end contre Clermont… et le précédent contre Laval…
    ça ne donne vraiment pas / plus envie d’aller au stade les voir jouer : la promesse de vivre un bon moment est vraiment incertaine et le risque de frustration devient de plus en plus probable depuis ces dernières années.
    Franchement, je préférais l’ambiance et les matchs quand nous étions en CFA 5,4,3 et Nationale.
    On a pas l’impression que les acteurs sur le terrain et les dirigeants se rendent compte de ce qui se passe en ce moment et ce que ressentent les supporters qui suivent le club depuis toutes ces années.
    Réveillez-vous bon sang !!!

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici