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Tête à Tête : Océane Grange – Maxime Spano Rahou « On a le sentiment d’appartenir à une famille »

Après les gardien(ne)s, au tour des joueur(e)s de champ de se prêter au jeu. Dans ce deuxième numéro des « Tête à tête du GF », Maxime Spano Rahou et Océane Grange se confient sur leur début de saison, leurs ambitions… Mais aussi et surtout sur le développement du « projet » du club. Ils portent un regard positif sur le début de ce « projet » qui selon la direction du GF38, doit permettre au club de revenir rapidement sur le devant de la scène nationale. Certaines choses restent encore à faire selon eux…Comme Océane Grange qui aimerait que les filles « aient un stade fixe pour jouer à domicile ».

Est-ce que vous vous connaissez mutuellement ?

Océane Grange (O.G) : Moi, je le connais un peu parce qu’avec les filles, on est déjà allés voir certains matches des garçons. Et puis, il joue au même poste que moi donc forcément, j’observe plus. Je crois que l’année dernière, il a fait tous les matches. Bon, là, il est blessé (sourire à Maxime Spano qui acquiesce). Mais en tout cas, je vois qui c’est.

Maxime Spano (M.S) : Je connais Océane déjà par les réseaux sociaux. Et puis, je suis de près l’équipe féminine quand même. Je regarde souvent le classement, je connais l’effectif.

Vous êtes tous les deux défenseur(e)s. Pour vous, quelles sont les différences entre le foot féminin et masculin ?

O.G : Déjà, au niveau des impacts. C’est vraiment plus physique chez les garçons. Après, les principes restent les mêmes pour les postes. Nous les défenseur(e)s, on a une cage à défendre, comme les garçons. Mais par exemple, si on prend la vitesse, le garçon ira toujours plus vite en moyenne qu’une fille.

M.S : Comme le dit Océane, les postes et les rôles restent les mêmes. Après oui, il y a une différence physique, technique. Notamment dans la vitesse de jeu, mais après le jeu reste le même. Le rôle reste le même. Comme elle l’a dit, quand tu es défenseur(e), tu as une cage à défendre, quand tu es attaquant(e), tu as des buts à marquer. Donc, c’est vraiment physiquement qu’il y a une grosse différence, mais le jeu reste le même.

Le club a un « projet » important. Notamment de rapprocher toutes les catégories, former beaucoup de joueurs. Vous le sentez ce rapprochement vous ?

O.G : Oui, on sent un rapprochement. Depuis que la section féminine est passée « GF » (à l’été 2016, le Grenoble Métropole Claix football féminin et le GF38 fusionnent), on fait plus d’événements ensemble. On fait les photos officielles avec les garçons. Quand on était à Claix, on n’a jamais fait de photos officielles avec les garçons. Il y a eu l’arbre de Noël l’année dernière aussi ensemble, les séances de dédicaces…

Après c’est sûr qu’on aimerait aussi que les garçons viennent nous voir de temps en temps jouer (rires). C’est sûr que l’on ne peut pas toujours venir. Eux non plus. Mais ce serait bien aussi de les voir de temps en temps en bordure de terrain.

M.S : Nous, on sent un rapprochement avec les filles. Le but, c’est que les deux équipes tendent vers le même projet. C’est-à-dire de grandir. Je pense que l’objectif, c’est de monter en D1. Nous, on doit monter en Ligue 2. Après, par les événements comme la photo officielle de l’année dernière et cette année, ça montre qu’on se rapproche. Et c’est une bonne chose. On est deux équipes qui tendent vers le professionnalisme.

Sachant que l’équipe première féminine a une profondeur de banc plus importante que l’année dernière et qu’elle réalise un bon début de championnat, est-ce que c’est vital pour vous les filles de monter cette année pour pouvoir vous « raccrocher au wagon des garçons » et acquérir une notoriété plus importante ?

O.G : C’est super important de monter cette année parce qu’on a vraiment l’équipe pour monter. On a fait un super recrutement. Et puis le club, les dirigeants, tout le monde met les moyens pour monter. Donc, cette année, on doit vraiment aller en D1. Y’a pas photo, pour moi, on doit monter cette année.

M.S : Un bon club professionnel se doit d’avoir une bonne équipe féminine professionnelle. Donc si nous (les garçons) on monte et les féminines aussi, ça concrétiserait le projet du club qui vise à se professionnaliser. L’année dernière, elles ont manqué la montée de peu. Donc si les deux sections montent, ce sera une bonne chose pour nous, le club, la ville mais aussi pour la région.


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Océane Grange : « Je suis venue à Grenoble pour jouer D1 »

Vous avez fréquenté des clubs de D1. Toi Maxime, tu étais au TFC, toi Océane, tu es passée par l’Olympique lyonnais. Pourquoi avoir choisi Grenoble qui joue à des niveaux inférieurs ?

M.S : Pour ma part, il me restait une année professionnelle dans mon contrat à Toulouse que j’ai choisi d’écourter pour venir à Grenoble. J’avais foi dans le projet du GF. C’était quand même un club de CFA assez à part. Je savais que les moyens étaient mis en œuvre pour retrouver l’élite. C’est ce qui a fait que je suis venu ici. Après comme je l’ai dit l’année dernière, j’ai eu des mésaventures. L’été où je signe à Grenoble, je devais signer en D1 portugaise, ça ne s’est pas fait. Grenoble s’est présenté et je n’ai pas mis longtemps à prendre ma décision.

O.G : Je n’ai pas vraiment eu le choix de rester à Lyon. Je me suis blessée (ligaments croisés). Et à la fin de la saison, le coach m’a dit : « quand tu vas revenir, tu n’auras pas le niveau, donc on ne te garde pas ». Je suis donc partie dans un petit club de la banlieue lyonnaise (Caluire) pour revenir. Grenoble m’a contactée la deuxième année. J’ai attendu un peu avant de prendre ma décision. Et finalement j’ai accepté. Pour le projet du club qui était de monter. Ce n’était pas très loin de Lyon en terme de distance, ça me permet de revenir chez moi assez souvent. Mais aussi de rester à un bon niveau.

Toi Océane, tu t’inspires d’un(e) joueur/joueuse en particulier chez les pros ? Maxime lui, c’est Sergio Ramos par exemple.

O.G : Comme Maxime, à Ramos (rires). C’est mon modèle. C’est un défenseur physique capable d’être décisif sur un match, marquer à la dernière minute en montant sur un corner. Pour moi, c’est le meilleur défenseur du monde. Il est complet, que ce soit défensivement ou offensivement.

On demande justement de plus en plus aux défenseur(e)s d’apporter offensivement. Vous trouvez que c’est quelque chose de commun aux filles et aux garçons ?

M.S : Je ne connais pas assez le championnat féminin pour le dire mais aujourd’hui, dans une équipe, tous les joueurs se doivent d’être décisifs (au sens d’être capable de marquer) mis à part le gardien peut-être. Que ce soit les défenseurs centraux, les latéraux qui apportent offensivement. On voit même que certains d’entre eux attaquent peut-être plus qu’ils ne défendent. Donc, c’est nécessaire pour un joueur aujourd’hui de savoir marquer.

O.G : Je suis d’accord avec Maxime. Peu importe notre place sur le terrain, les entraîneurs demandent que n’importe qui soit décisif. On doit être capable dans n’importe quelle situation de mettre le ballon au fond. C’est ce qui peut permettre de gagner un match… ou d’en perdre justement si on n’est pas décisif devant la cage. Donc oui, tous les joueurs, même les défenseur(e)s doivent savoir marquer. Même chez les filles.

Pourquoi toi Maxime tu aurais envie de regarder un match de football féminin ?

M.S : Pour l’enjeu déjà pour commencer. Je regarde souvent l’Olympique lyonnais jouer en Ligue des champions. On regarde forcément pour le côté patriote. Et surtout pour regarder du football tout simplement. Beaucoup de filles sont propres techniquement, ça joue. Le football féminin s’est beaucoup démocratisé, professionnalisé. C’est une bonne chose.

Qu’est-ce qui manque au football féminin pour être aussi populaire que le football masculin ?

O.G : Bah déjà de la notoriété, le côté médiatique, même si ça a pas mal évolué… Mais qu’il y ait plus de diffusion, ça passe par plus de publicité pour le football féminin. C’est encore faible par rapport aux garçons. Aujourd’hui, sur toutes les chaînes qui diffusent du football, il y a des matches de garçons, mais pas forcément de filles. L’Euro de cet été a beaucoup aidé par contre. Et puis, il faut que les gens s’y mettent aussi ! Mais ça, c’est à nous de montrer qu’on mérite d’être regardées.

Maxime Spano : « En professionnalisant les filles rapidement, le club permettrait un développement plus rapide de la section féminine »

Qu’est-ce que tu as pensé de cet Euro Maxime ?

M.S : Quand je compare avec les matches que je regardais il y a quelques années et aujourd’hui, c’est sûr qu’il y a un gros changement. Notamment en équipe de France où on a de très bonnes joueuses. On a une des meilleures équipes au monde d’ailleurs avec les États-Unis. Après, c’est vrai que le poste de gardien(ne) est sensible. Quand le gardien(ne) fait une erreur, ça se voit plus… Mais avec le temps, les filles vont continuer à s’améliorer et se rapprocher du niveau des garçons.

Comment tu juges le développement du football féminin depuis une dizaine d’années Océane ?

O.G : Déjà, je voulais revenir sur le niveau des gardiennes. Après l’Euro, on a beaucoup dit qu’il était faible par rapport au niveau des joueuses de champ. Mais pour comparer à il y a 10 ans… Quand j’ai commencé le football, les gardiennes, c’était des joueuses de champ, des plots. Maintenant, ce n’est plus la même chose quand même… c’est sûr que c’est encore en évolution, mais ça a déjà pas mal évolué.

Mais de manière plus générale, il faut savoir que les filles aujourd’hui ont la contrainte du travail. De plus en plus souvent en amateur, le football suffit aux garçons. Chez les filles, c’est autre chose. Nous, on charbonne toute la journée et le soir, on va à l’entraînement. Ça aussi, ça ralentit l’évolution.

M.S : Oui, c’est un manque de moyens. Il n’y a pas les mêmes investissements dans le football féminin et masculin. Ce qui fait qu’aujourd’hui, les filles, comme le dit Océane, doivent aller travailler la journée. Nous, on ne fait « que » ça de la journée. Avec ce contexte, c’est vrai que tu progresses différemment.

Qu’est-ce que le club pourrait faire pour que les sections féminines se développent plus vite à Grenoble ?

O.G : Déjà à Grenoble, qu’on ait un stade fixe. Parce qu’on ne jouera plus à Lesdiguières… Mais plus loin (à Moirans). On va donc perdre en spectateurs. Et au niveau de la publicité, on n’en fait pas assez. On jouait à Lesdiguières et chez les filles, bah on trouve qu’il n’y a pas forcément eu assez de publicité pour le signaler. Ce serait bien que les événements du football féminin soient plus mis en valeur.

M.S : Oui, il faut qu’elles aient un stade fixe. Qu’il y ait une meilleure communication autour de leurs matches… c’est clair. Après, comme je l’ai dit précédemment, il faut qu’ils mettent les filles sous contrat pour qu’elles puissent vivre du football. Si elles montent en D1, c’est sûrement ce qui va se passer. Mais peut-être qu’il faut le faire dès maintenant, les mettre sous contrat maintenant pour les professionnaliser et pour qu’elles passent un cap plus rapidement.

Après pour les garçons, je pense que beaucoup a déjà été fait. En plus on a un beau stade, un public régulier. On a des installations plus que correctes….

Est-ce qu’on peut imaginer qu’un jour, Grenoble sera comme l’Olympique lyonnais. Avec deux sections performantes dans leur championnat ? Par exemple, les filles et les garçons en Ligue des champions ?

O.G : (rires) Ça pourrait être pas mal. Après, c’est beaucoup de travail. Déjà, on va tous se concentrer garçons et filles sur nos objectifs. Il faut voir petit-à-petit. Aujourd’hui, il y a beaucoup de joueuses de Grenoble qui sont passées par l’Olympique lyonnais. Ça montre que le club attire les joueuses. Et si on veut monter, c’est nécessaire d’attirer toujours plus de meilleures joueuses. Mais jusqu’à la Ligue des champions, il y a un long chemin (rires).

M.S : Aujourd’hui, ça serait utopique de dire qu’on aurait envie d’aller en Ligue des champions. Elles comme nous, je pense qu’on a envie de se concentrer sur nos montés respectives. Mais après, évidemment que tous les joueurs ont envie de goûter à la « super élite », le meilleur niveau européen, c’est-à-dire la Ligue des champions. Après… on n’y est pas encore. Si on monte cette année, ce sera déjà une belle chose (rires).

Vous êtes à Grenoble encore pour longtemps ?

O.G : Longtemps ? … Déjà cette année et l’année prochaine en espérant qu’on monte. Après, jouer en D1 avec Grenoble, ce serait beau. Mais de là à dire « longtemps », c’est dur à dire. Mais je pense que la prochaine saison, ce sera à Grenoble, oui (sourire).

Moi, je suis venue ici pour jouer à plus haut niveau. Et puis aussi pour le projet, c’est-à-dire jouer en D1. Et je m’en souviens, c’est Nicolas Bach (l’actuel entraîneur principal) qui m’avait contactée et j’avais fait un match amical avec Grenoble en fin de saison. Puis Teddy Palermo a rappelé pour me présenter le projet et me dire qu’il comptait beaucoup sur moi. Et ça a marché, puisque je suis ici maintenant (sourire).

M.S : Je suis aussi venu pour un projet. Comme Océane, moi je voudrais jouer en première division. Après je suis sous contrat jusqu’en 2019 donc voilà. Si on tergiverse en National et que j’ai l’opportunité d’aller en Ligue 2, j’irai. Mais évidemment, j’espère qu’on montera cette année et j’espère poursuivre l’aventure avec Grenoble. Parce que le club a mis beaucoup de moyens.

Récemment au moment d’évoquer la mémoire de Tidiane, joueur U6 de Grenoble décédé des suites d’un malaise cardiaque le samedi 23 septembre, Olivier Guégan a parlé de la mobilisation d’une « famille » pour faire bloc suite à cette tragédie. Vous avez le sentiment de faire partie d’une famille ?

M.S : Le décès du petit Tidiane, ça nous touche tous parce que c’est un enfant du club. On s’est forcément vu gamin à courir sur les pelouses un mercredi, un samedi ou un dimanche… donc on s’identifie tous à ce jeune. À l’enterrement du petit, on était tous là derrière la famille. Là, c’est cet événement malheureux qui a montré que le club était une famille. J’espère qu’on aura d’autres occasions plus heureuses de le montrer.

O.G : Bah déjà, on passe les ¾ de notre semaine sur le terrain… Et que ce soit les garçons ou les filles, on voit tout le temps du monde avec le logo du GF. Même si on voit moins les plus petits par exemple, on les côtoie quand même. Les filles par exemple, on est tout le temps ensemble. Donc oui, c’est comme une petite famille oui.

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