Le terme est revenu souvent dans les bouches de l’entraîneur et des joueurs du GF38 cet été pendant la préparation : transition. Il définit le style de jeu souhaité par le technicien alpin pour son équipe cette année. Un style prisé, notamment en Ligue 2, mais plus complexe que l’image réductrice de « contre-attaque » que l’on pourrait s’en faire. Décryptage.
« Il y a deux transitions : la off/def et la def/off ». Vincent Hognon pose les bases de la compréhension. Si le grand public se focalise en général surtout sur l’animation offensive, jouer en « transitionS » implique aussi un travail spécifique défensif. D’ailleurs, la « transition » se définit traditionnellement comme « l’instant où une équipe passe d’un moment où elle attaque à un moment où elle défend et vice-versa. ». Il y a donc autant de phases de transition lors d’un match que de pertes de balle.
L’entraîneur du GF38 résume ce qu’il attend de son équipe sur les phases « off/def » : « à la perte du ballon, qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on est capable de harceler le porteur du ballon tout de suite ou de se replacer. Et à quelle vitesse. Ça, c’est la transition : comment on s’organise une fois le ballon perdu pour récupérer ce dernier le plus rapidement possible. »
« Trouver la bonne réponse au bon moment »
On comprend que les transitions défensives s’articulent autour de deux grands principes :
- On presse, en bloc, dès la perte de la balle, souvent très haut dans le camp adverse, pour récupérer le ballon dans la zone où on vient de le perdre, ou à proximité. C’est une option qu’apprécie par exemple Jurgen Klopp, l’entraîneur de Liverpool. Elle repose sur la recherche d’un avantage simple : plus on récupère le ballon haut et moins il y a de distance à effectuer pour aller marquer. Elle est en revanche plus risquée si les rideaux défensifs se font transpercer.
- On se replie en défense pour retrouver une organisation défensive classique et ainsi couper les éventuelles attaques rapides adverses.
Chacun de ces principes a donc des avantages et des inconvénients. Vincent Hognon explique en outre qu’on ne se repose en général pas que sur un des deux lors d’un match ; il faut savoir composer, s’adapter. « Faire le choix de se replacer, c’est aussi subir beaucoup plus. Mais on ne peut pas tout le temps presser haut. Il faut avoir des jambes, des qualités spécifiques aussi et de dynamisme pour aller chasser parce que c’est quelque chose de très exigeant physiquement. La complexité vient qu’il y a plusieurs situations de matchs qui vont entraîner des choix différents. La difficulté pour nous est de trouver la bonne réponse au bon moment. »
Un « bon choix » sur la préparation, c’est la récupération haute de Bamba face au Red Star qui lui permet de lancer Meïssa Ba pour l’ouverture du score. Un « mauvais », c’est la volonté d’aller chercher haut Saint-Etienne qui aboutit sur un contre fulgurant des Verts conclu victorieusement. « Sur notre transition off/def certains joueurs sont restés pour presser mais on ne l’a pas bien fait puisqu’ils sont sortis et on s’est retrouvé totalement déséquilibré. »
Profiter vite du « déséquilibre »
Passons aux transitions offensives, qui intéressent généralement beaucoup plus le grand public. On peut là aussi les classer en deux catégories :
- La contre-attaque : on se projette rapidement vers l’avant dès la récupération du ballon.
- La « temporisation » : on sécurise avant de mettre en place l’offensive.
« Ce qui m’intéresse c’est comment on se projette vers l’avant à la récupération du ballon. Quels sont les joueurs qu’on doit toucher pour aller vers l’avant, avec quel type d’appel et quel type de passe. », explique Vincent Hognon concernant plus spécifiquement ce qu’il attend de ses joueurs lors des phases def/off. « L’idée c’est de déséquilibrer, et d’aller vite puisque l’équipe adverse est théoriquement plus ou moins désorganisée quand elle perd le ballon. C’est à ce moment là qu’il faut essayer d’en profiter. Et d’en profiter rapidement. »
Le technicien grenoblois recherche deux éléments importants : vitesse et verticalité. Des qualités qui permettent de mieux comprendre le mercato réalisé cet été et l’hiver dernier avec des joueurs rapides et/ou capables de prendre intelligemment la profondeur. Au-delà de ses buts, Pape Meïssa Ba a par exemple montré qu’il avait une qualité d’appel très au-dessus de la moyenne, une capacité à prendre l’espace dans le bon timing (il a été rarement pris au piège du hors-jeu lors de la prépa’) et à en créer pour ses partenaires, qui collent parfaitement au style que souhaite mettre en place son entraîneur.
Mais vite n’est toujours pas synonyme de bien. « Je ne suis pas dogmatique, chaque situation est différente », convient VH. « Si l’équipe n’est pas déséquilibrée en face, on doit être capable d’être en possession et de travailler en attaque placée. Même si la volonté d’aller vite vers l’avant est fondamentale dans ce championnat. »
Si tout le travail mis en place par Hognon depuis son arrivée, mais aussi plus spécifiquement le travail vidéo réalisé avant et après chaque match, permet aux Grenoblois de faire ces fameux « bons choix », l’intelligence de jeu peut aussi être d’une aide précieuse. Et, à ce titre là, le rôle de joueurs comme Manu Perez ou Axel Ngando peut être primordiale en matière de rythme insufflé. Leur vision du jeu, à eux mais aussi à d’autres, doit permettre en l’espace de quelques dixièmes de seconde de savoir s’il faut temporiser ou au contraire chercher immédiatement la verticalité. Notamment sur les phases où le ballon est récupéré plus bas, donc quand l’adversaire est peut être moins déséquilibré.
Que ce soit sur des transitions défensives comme sur des transitions offensives, la coordination et le travail en bloc-équipe est bien évidemment indispensable. Pour être efficace, les transitions doivent être travaillées sur la durée.
La transition est donc un principe de jeu complexe parce que varié et parce qu’en face l’adversaire est souvent animé des mêmes intentions. Déséquilibrer l’adversaire avec de la vitesse dans le jeu sans se déséquilibrer soit même : c’est la problématique à laquelle devront répondre les coéquipiers de Loïc Nestor cette saison.
Une saison de « transitionS ». Une fois n’est pas coutume, tout le monde au GF38 devrait s’accorder sur l’expression.




